Voilà le secret de Trump 

Il est à Davos mais il s'adresse à ses électeurs

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Il est à Davos mais il s’adresse à ses électeurs

Bassam Tayara

Oui ! Lorsque Donald Trump défie l’Europe et profère menaces et insultes à l’encontre des dirigeants européens et de leurs sociétés, il s’adresse en réalité à ses propres électeurs !

Son objectif principal c’est les élections de mi-mandat de novembre prochain, et il souhaite que ses électeurs se souviennent qu’il s’efforce de défendre l’Amérique et qu’il cherche à annexer de nouveaux territoires.

C’est une question hautement symbolique outre atlantique, car ce désir d’expansion territoriale est profondément ancré dans la pathos américaine, quil définissent par « destinée manifeste ». Tout au long de sa relativement courte histoire, les États-Unis ont utilisé le prétexte du « destin » pour justifier leur expansion territoriale incessante. Dès ses débuts, la jeune nation américaine a cherché à étendre ses frontières. Initialement, cette mission « divine », selon les croyances des premiers colons. Cette notion visait à répandre la «civilisation » à l’ouest, en s’étendant sur les terres des populations autochtones avant leur extermination.

Au début du XXe siècle, cette expansion s’est étendue à travers le monde sous diverses formes, notamment l’acquisition de terres et la domination impériale.

Les Européens refusent de discuter du principe de souveraineté sur ce vaste territoire de banquises, tandis que les États-Unis n’aspirent qu’à une souveraineté totale sur cet espace. Un diplomate français a déclaré : « Des négociations auraient pu être entamées si Trump avait poliment demandé un renforcement des capacités militaires américaines au Groenland ; il aurait sans aucun doute obtenu d’importantes concessions en matière de sécurité. »

Cependant, ses objectifs semblent bien éloignés de ses buts affichés. Trump s’est concentré sur la politique intérieure américaine. Pendant 94 minutes, il a insisté sur la croissance qu’il avait obtenue dans le pays, même si les chiffres présentés étaient largement étaient loin de la réalité. Son discours visait à défendre le bilan de sa première année de mandat.

Ainsi, il s’est adressé à son auditoire et a établi des comparaisons qui faisaient écho au mouvement MAGA. Il a ressorti l’argument de la « misère » qui avait caractérisé « la présidence de Biden », s’adressant au public de Davos dans le miroir de son auditoire américain: « Nous connaissons une croissance économique formidable, une croissance sans précédent dans l’histoire ! » Il a affirmé qu’elle était passée de 1,6 % à 4 %. Il s’en est ensuite pris aux démocrates, déclarant : « Il y a un an, nous étions le pays le plus pauvre du monde. Aujourd’hui, les États-Unis connaîtront une croissance deux fois supérieure aux prévisions du Fonds monétaire international. »

Puis Trump a alors abordé un autre sujet, plus en phase avec les attentes de ses électeurs, saisissant l’occasion de s’en prendre aux Européens sur des questions sociétales. Il n’a pas hésité à affirmer : « Certains endroits en Europe sont méconnaissables », faisant référence à l’immigration et flattant les slogans des partis d’extrême droite européens. Il a poursuivi : « Je ne veux offenser personne, mais il y a des endroits en France que je ne reconnais plus. Les choses ne vont pas dans le bon sens. » Il a ajouté, condamnant « les capitales européennes qui ont laissé entrer massivement des immigrants… ». Il s’agit là d’un éloge du travail de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), malgré les préjudices que sa brutalité inflige à la société américaine.

C’était peut-être là son objectif : le but de toute cette agitation à Davos faire passer ce message à ses électeurs et espérer que ses électeurs le retiendraient.

Mais pourquoi Trump a-t-il renoncé aussi rapidement?

Il présente l’accord avec le secrétaire général de l’OTAN comme une victoire, réaffirmant la nécessité sécuritaire du Groenland, les Européens, et notamment les Danois, refusaient toujours de céder la souveraineté de ce territoire. Le conflit persiste donc, même si l’intensité a diminué, et il reste possible qu’il recoure non pas à une action militaire directe, mais à la menace d’un déploiement de forces et à l’envoie d’un nombre important de troupes, comme le suggèrent des fuites concernant son accord avec l’OTAN.

Il a affirmé avoir jeté les bases d’un futur accord sur le Groenland, une solution qu’il a présentée comme très avantageuse pour les États-Unis et tous les pays de l’OTAN. Trump a également annoncé qu’il renonçait à son projet d’imposer de nouveaux droits de douane à l’Union européenne… Se pourrait-il que la fermeté des Européens l’ait finalement contraint à la retraite ?

Des signes de conflit apparaissaient en effet, et le danger résidait dans le fait que les institutions ceseraient d’acheter des obligations du Trésor américain, incitant certains détenteurs d’obligations à travers le monde à les vendre pour éviter une chute de leur valeur.

C’est là le secret de Trump : ses volte-face sur plusieurs dossiers – le Groenland, les droits de douane, l’accord commercial avec la Chine… Derrière tous ces revirements, un point commun se dessine : la pression des marchés financiers, dont la volatilité semble servir de boussole au président américain, au point de contrebalancer son pouvoir militaire.

Mardi, la veille de son arrivée, les actions à Wall Street ont chuté après que le président Donald Trump a menacé d’imposer de nouveaux droits de douane à huit pays européens pour asseoir le contrôle américain sur le Groenland.

Un sondage mené auprès de 1 300 dirigeants et experts politiques et économiques internationaux a révélé un niveau d’anxiété sans précédent. Des pertes généralisées ont suivi, touchant la quasi-totalité des secteurs. Les principaux indices américains ont poursuivi leur baisse : le Dow Jones a perdu 870,74 points, soit 1,8 %, pour clôturer à 48 488,59. Le Nasdaq Composite a chuté de 561,07 points, soit 2,4 %. Les actions des entreprises technologiques, qui représentent la part la plus importante du marché, ont également reculé. Les actions de Nvidia, l’une des plus grandes entreprises mondiales en termes de capitalisation boursière, ont chuté de 4,4 %. Celles d’Apple ont reculé de 3,5 %. Les secteurs de la distribution, de la banque et de l’industrie ont également enregistré des baisses significatives. Les actions de Lowe’s ont perdu 3,3 %, celles de JPMorgan Chase 3,1 % et celles de Caterpillar 2,5 %.

Ainsi, lorsque Trump a prononcé la phrase attendue, « Je n’utiliserai pas la force », les marchés financiers l’ont accueillie favorablement. À Wall Street, tous les principaux indices ont rebondi à la fin de son discours.

À Paris, le CAC 40 était également orienté à la hausse pendant l’intervention du président américain, dès qu’il a évoqué la possibilité de ne pas recourir à la force. Il est vrai que le recul de Trump a été masqué par sa rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et par l’opposition franche des Européens, mais aussi par l’annonce du déploiement d’« un petit nombre de soldats » accompagnés… d’un important contingent de journalistes!

Les Européens ont maintenu leur position face aux menaces. Il faut y voir une victoire européenne, orchestrée avec un enthousiasme débordant par la France, qui a su tirer profit de la situation. Personne n’aurait pu imaginer que les troupes américaines tireraient sur des Européens.

Hélas, le sort du monde repose sur un homme qui confond l’Islande avec le Groenland (dans ses discours), s’emporte en réunion et menace de recourir à la force ou d’imposer des droits de douane .

 

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