Et si la Chine n’était qu’un tigre de papier?
L’influence de Pékin à l'étranger se manifeste principalement dans la sphère économique
Bassam Tayara
Et si la Chine n’était qu’un tigre de papier?
En parcourant la presse asiatique et surtout chinoise, les têtes de chapitre de plusieurs organes répondent partiellement à cette question. On peut lire « L’Iran est moins important pour la Chine que l’Arabie saoudite ». Ou bien «L’Iran a bien plus besoin de la Chine que la Chine n’a besoin de l’Iran ».
Or malgré la liberté de presse toute relative en Chine, ce genre d’affirmation ne peut sortir dans la presse sans l’avale des autorité chinoise.
Vu de l’Europe le jugement est plus tranchant: «Alicia García Herrero, économiste en chef pour l’Asie-Pacifique chez Natixis, a déclaré sans ambages : « Quand on a besoin de la Chine, elle ne répond pas présente. »
Dans les faits alors que les États-Unis et Israël lançaient une attaque conjointe contre l’Iran, la Chine n’a apporté qu’un soutien verbal, assorti d’une « ferme condamnation », reflétant la relative complexité du conflit et son impact potentiel sur les approvisionnements en pétrole brut transitant par le détroit d’Ormuz.
Ce pétrole bloqué représente une part importante des importations pétrolières chinoises. Cette situation souligne surtout les contraintes auxquelles la Chine est confrontée pour soutenir ses partenaires « stratégiques » dans sa quête pour contester la domination mondiale des États-Unis.
Mais à regarder de près, tout ceci révèle une relation déséquilibrée, la dépendance de Téhéran envers Pékin dépassant largement celle de Pékin envers Téhéran. La Chine achète environ 90 % du pétrole exporté par l’Iran, mais cela ne représente qu’environ 12 % de ses importations totales de pétrole.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue iranien, a insisté sur le soutien de la Chine à l’Iran quant à la préservation de sa souveraineté, de sa sécurité, de son intégrité territoriale et de sa dignité nationale. Cependant, au-delà de ces déclarations verbales, Pékin n’a apporté aucun soutien concret.
Les analystes soulignent que la Chine pourrait choisir de se positionner comme un défenseur de l’ordre international, tout en se préparant à un éventuel changement de régime en Iran après le conflit.
Cela fait écho au soutien limité apporté par la Chine au président vénézuélien Maduro en janvier dernier, lors de sa capture par l’armée américaine. Cette situation pourrait également préfigurer une position similaire de la Chine si les États-Unis prenaient des mesures coercitives contre Cuba.
Les États-Unis fragilisent les partenaires géopolitiques de la Chine, pour contrer le président chinois Xi Jinping qui s’efforce de bâtir une « alliance de nations partageant les mêmes valeurs ». Telles l’« Initiative pour la sécurité mondiale » et l’« Initiative pour le développement mondial », et prônant une alternative à l’ordre mondial dominé par l’Occident.
La Chine et la Russie ont par le passé aidé l’Iran à rejoindre les BRICS (Brésil, Afrique du Sud) et l’Organisation de coopération de Shanghai, axée sur la sécurité, mais ces adhésions multilatérales n’ont finalement pas permis d’offrir à l’Iran de garanties de sécurité substantielles. Il s’agit indéniablement d’un revers pour les pays qui pensent que la Chine peut proposer des alternatives.
Cependant, ce conflit présente également certains avantages stratégiques pour les décideurs politiques chinois. Une intervention militaire américaine pourrait épuiser ses forces armées et ses réserves de munitions, notamment les types d’armes susceptibles d’être utilisés lors d’un futur conflit dans le détroit de Taïwan. Parallèlement, le déploiement des équipements et tactiques militaires américains les plus récents sur le champ de bataille offre à la Chine des opportunités d’observation.
Cependant, les tirs de missiles à longue portée et de drones effectués par l’Iran contre plusieurs États du Golfe ont encore compliqué la situation. L’Arabie saoudite a exporté davantage de pétrole brut vers la Chine que l’Iran l’année dernière, et les investissements chinois en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis dépassent largement ceux réalisés en Iran. Toute action de la Chine pouvant être perçue comme une aide à l’Iran dans ses attaques contre ses voisins risque de nuire aux relations avec ces partenaires économiques clés.
Mais la presse chinoise insiste: « La Chine n’a pas d’alliés militaires. » Et les observateur constatent que « L’influence de la Chine à l’étranger se manifeste principalement dans la sphère économique » .
Ce qui va compliquer les relations entre USA et Chine c’est le processus de prise de décision de l’attaque: Étant donné que l’attaque a eu lieu pendant les négociations américano-iraniennes, cela signifie que les futures négociations internationales pourraient être encore plus difficiles et qu’une méfiance mutuelle accrue pourrait s’installer à la table des négociations entre Américains et Chinois .
Lorsque la confiance mutuelle entre les nations est détruite, de nombreux pays pourraient être davantage enclins à recourir à la force militaire plutôt qu’à des solutions négociées à leurs différends. » Ceci pourra être testé avec l’approche de 2027 année fatidique pour Taïwan d’après l’Amiral Davidson!

