La Russie libère son pétrole mais risque de perdre un troisième alliè

Guerre au Moyen-Orient: Poutine engrange une levée des sanctions sur son pétrole ni plus ni moins

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Bassam Tayara

Face aux hésitations es États-Unis concernant la fin de la guerre avec l’Iran, le président russe Vladimir Poutine a proposé son soutien à l’administration américaine par le biais d’une médiation pour mettre fin au conflit qui ravage le Moyen-Orient depuis le 28 février.

Les déclarations de responsables russes et américains, suite au premier entretien téléphonique entre Poutine et son homologue américain, Donald Trump, depuis la fin de l’année dernière, il en sort que la réponse américaine ne fut pas très positive.

Il est clair que l’initiative russe vise à consolider ses gains « temporaires » tirés de la guerre au Moyen-Orient et les fructifier sur le long terme. La Russie cherche également à atténuer les répercussions négatives sur son image de grande puissance, tout en évitant de perdre « son allié iranien » et cela tout en maintenant de bonnes relations avec les pays arabes du Golfe.

À l’inverse, les positions de l’administration américaine d’un côté et des dirigeants iraniens d’un autre côté sur les conditions pour mettre fin à la guerre restent très divergentes sinon contradictoire, ce qui complique la médiation russe.

Si les déclarations de Trump après l’appel ont révélé un certain accord avec la Russie sur plusieurs sujets, par contre elles ont de fait fermé la porte à une médiation avec l’Iran.

Suite à cet appel, Trump a déclaré : « Nous imposons des sanctions à certains pays. Nous les lèverons jusqu’à ce que la situation s’améliore, et alors, qui sait, peut-être n’aurons-nous pas à les réimposer. Peut-être alors la paix régnera-t-elle.»

Et par magie, jeudi, l’administration Trump a délivré une nouvelle licence autorisant les pays à acheter temporairement certains produits pétroliers russes, le jour même où le prix du pétrole brut Brent s’est établi au-dessus de 100 dollars le baril pour la première fois depuis août 2022, dans un contexte de guerre commerciale avec l’Iran.

La levée des sanctions est de toutes le manières bénéfique aux deux parties. La Russie pourrait optimiser ses gains financiers en augmentant ses exportations dans un contexte de hausse des prix, ce qui lui permettrait de réduire son déficit budgétaire et de poursuivre le financement de sa campagne militaire en Ukraine.
De plus, la Russie affirmerait sa fiabilité en tant que fournisseur d’énergie, renforçant ainsi les appels au sein de l’Union européenne à lever les sanctions énergétiques imposées à la Russie.

Du point de vue de Trump, la baisse des prix du pétrole atténue les tensions internes, notamment l’inflation galopante, car cela aurait pu entraîner un revers pour les Républicains lors des élections de mi-mandat prévues le 3 novembre.

Mais qu’en est-il de l’aide octroyée par la Russie à l’Iran? La Russie a refusé de commenter son soutien en matière de renseignement à l’Iran.

Trump aurait manifesté un certain agacement suite à la proposition de médiation, il a déclaré aux journalistes, après son entretien téléphonique avec le Président russe, il a révélé que  « Poutine veut être utile, et je lui ai dit : vous seriez plus utile en mettant fin à la guerre russo-ukrainienne. Ce serait plus utile.» Dans le sillage de cette déclaration, la Maison Blanche a souligné que le président américain ne serait pas « satisfait » s’il s’avérait que la Russie fournissait des renseignements à l’Iran dans le cadre de ce conflit.
Or le Washington Post avait révélé vendredi dernier que Moscou avait fourni à l’Iran des renseignements sensibles, notamment la position des navires et avions de guerre américains dans la région, la porte-parole Caroline Leavitt, a déclaré : « Le président et son envoyé spécial, Steve Witkopf, ont tous deux indiqué avoir fait savoir à la Russie que si cela se produisait, ils s’en plaindraient et ont exprimé l’espoir que ce ne soit pas le cas.» .

De son côté, le Kremlin a refusé de commenter la question de savoir si Washington avait mis en garde Moscou contre le partage de renseignements avec l’Iran.

Parallèlement, et après avoir bénéficié du « cadeau » de Washington que représente la suspension des sanctions, Poutine, lors d’un appel téléphonique avec son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, a réaffirmé l’opposition de son pays à toute action militaire contre l’Iran et a confirmé la disposition de la Russie à fournir l’assistance nécessaire!

Signe de la duplicité  de la Russie dans les efforts de médiation, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est entretenu par téléphone avec son homologue iranien, Abbas Araqchi. Il est probable que les propositions de Poutine et Lavrov visent à persuader Téhéran de cesser ses frappes aériennes contre les pays qui ne l’attaquent pas, à accepter le transfert d’uranium hautement enrichi iranien et à promouvoir le dialogue pour concrétiser le concept russe de sécurité collective pour la région du Golfe – une idée ancienne que la Russie a remise au goût du jour en 2021.

On ne connait pas la réponse des Iraniens. Mais s’il est impossible d’affirmer avec certitude que Moscou a fourni à Téhéran des renseignements pour frapper des cibles américaines, il est certain qu’elle n’a pas fourni de systèmes de défense aérienne tels que les batteries S-400 ni les avions nécessaires pour contrer les capacités des aéronefs et missiles américains et israéliens dans l’espace aérien iranien.

La Russie espère qu’une fin de guerre lui permettra de maintenir ses relations étroites avec les deux rives du Golfe sans prendre parti pour l’une au détriment de l’autre.

Si les opérations américaines et israéliennes réussissent et aboutissent à l’émergence d’un nouveau régime, Moscou pourrait perdre une part importante de sa participation aux grands projets économiques stratégiques iraniens et également son troisième allié, le plus proche, en moins d’un an et demi, après la Syrie et le Venezuela.

 

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