Oh dollar mon beau dollar !
Les prises de valeur du dollar « par défaut »

Bassam Tayara
En théorie économique classique, une hausse massive des prix du pétrole (qui actuellement s’établit entre $100 et $110 le baril en avril 2026 suite au blocage d’Hormuz) devrait forcer les pays importateurs à acquérir davantage de dollars, provoquant une appréciation mécanique de la devise américaine. Cependant, dans le contexte actuel de 2026, cette tendance est fortement nuancée, voire contrecarrée, par plusieurs facteurs structurels :
Il y a le contournement du dollar (achat de pétrole en yuan et Troc- or ou bien marchandise). Cela confirme que la crise d’Hormuz agit comme un accélérateur de la dé-dollarisation des échanges énergétiques.
On peut dire que les sanctions (Cuba, Russie, Venezuela, el l’Iran et la Corée du Nord) ont un effet pervers. Les membres des BRICS utilisent désormais massivement le Yuan pour régler leurs achats de pétrole et des marchandises entre eux et en … Afrique : l’objectif n’est pas géostratégique mais uniquement pour éviter les sanctions dont la devise américaine est le levier principal. Sous les sanctions il y a pénurie de billets verts ce qui pourrait bloquer la vie quotidienne des pays sanctionnés (exemple Venezuela et Cuba).
Autre que le yuan il y a des paiements alternatifs : Certains grands pays importateurs, comme le Japon, ont commencé à exploiter le « troc ». Exemple le Japon a dû acquitter des « taxes de passage » ou des cargaisons en utilisant d’autres monnaies (yen ou euro) ou de l’or pour maintenir le flux de leur commerce et industries.
N’empêche le Dollar même s’il n’est plus une devise mondiale, il bénéficie encore de l’ombre d’une « valeur refuge » mais à très court terme.
Ce sont les marchés émergents d’Asie et d’Afrique qui doivent acheter « on spot » du pétrole et des cargaisons de ces bateaux fantômes qui sillonnent les mers qui cherchent les dollars, les économies importatrices le sont également.
Cette quête de devise américaine pendant cette période trouble dessine un nouveau schéma qui écrase ce qui reste de la mondialisation, et ces échanges « hors normes » affaiblissent les propres monnaies des pays émergeant face au dollar.
Donc ce sont des prises de valeur du dollar mais « par défaut ». Ce rebond de la valeur du dollar est « technique ».
Structurellement le dollar vu les déficits budgétaires des États-Unis reste faible, il a perdu entre 9,4 % et 15 % de sa valeur globale depuis 2025 surtout en raison et des craintes liées à l’instrumentalisation politique de cette monnaie.
Les banques centrales mondiales ont amorcé un virage stratégique marqué par une réduction de leurs avoirs en bons du Trésor américain au profit d’actifs tangibles comme l’or. En mars 2026, les banques centrales de plusieurs pays ont vendu pour environ 82 milliards de dollars de titres en un mois, ramenant leurs stocks de bonds à des niveaux historiquement bas.
Les raisons principales de ce délestage des bonds d’État américains, tournent autour de quatre axes: 1) Les risque géopolitique, 2) L’utilisation du dollar comme instrument de sanctions, donc elles sont à la recherche d’actifs sans « risque », comme l’or, qui ne peut être ni gelé par une autorité étrangère. 3) La dette américaine dépassant les 38 000 milliards de dollars en 2026 inquiète les investisseurs. 4) Enfin la politique Commerciale qui utilise les Droits de Douane comme « arme commerciale » avec des augmentations significatives des aux frontières américaines.
Les raisons politiques existent également la Chine a réduit de façon régulière ses réserves de bons du Trésor des États-Unis, qui sont tombées autour de 680 milliards de dollars. Dans le même temps, les réserves d’or officielles ont atteint un record, déclarées à 2 306 tonnes.
La sagesse incite les banques à diversifier leur porte-feuille afin de se protéger de l’inflation et de la volatilité des taux d’intérêt.
Plutôt que d’acheter des dollars pour financer le pétrole cher, de nombreuses banques centrales préfèrent puiser dans leurs réserves existantes ou liquider leurs bons du Trésor pour obtenir des liquidités immédiates, ce qui alimente paradoxalement le désengagement discuté précédemment, ce qui limite la hausse de la devise américaine.
En résumé, si le besoin de dollars pour le pétrole exerce une pression à la hausse, la fermeture d’Hormuz pousse les pays à chercher des alternatives monétaires pour acquérir ce pétrole qui voyage sur les océans, limitant ainsi l’appréciation durable du dollar.

