USA: « La paix par la force »
« Stratégie de défense nationale »: L'exclusion de l'Europe et du Moyen-Orient de la liste des priorités de Washington

Bassam Tayara
Après le document « Stratégie de sécurité nationale » publié le vendredi 5 décembre par la Maison Blanche, voilà le volet militaire qu’a publié le Pentagone sous le titre « Stratégie de défense nationale ».
Tous les quatre le Congrès approuve ce que les militaires lui soumettent en tant que feuille de route du département de la Défense des États-Unis. Ce document de 34 pages trace le schéma de la stratégie militaire le « plan intérieur et extérieur ».
L’administration Trump réaffirme toutes les positions exprimées par le locataire de la Maison-Blanche ces derniers mois, notamment l‘exclusion de l’Europe et du Moyen-Orient de la liste des priorités de Washington, tout en accordant une priorité accrue à l’hémisphère occidental, et plus particulièrement au Groenland.
Dans la préface de ce document stratégique, le secrétaire à la Défense, Pete Higgsett, précise dans une section intitulée « La paix par la force », qu’« il n’est ni du devoir de l’Amérique ni dans l’intérêt de notre nation d’agir unilatéralement partout, et visant les alliés, il assure « nous ne compenserons pas les failles de sécurité auxquelles nos alliés sont confrontés en raison des choix irresponsables de leurs dirigeants ».
Plus largement, le nouveau document définit quatre priorités pour guider l’armée américaine dans la phase à venir : la défense du territoire national, notamment en priorisant les opérations militaires s’étendant du Groenland à l’Amérique latine ; la dissuasion de la Chine.
Ce document exhorte les alliés à accroître leurs dépenses afin de réduire la dépendance de leurs forces armées vis-à-vis des États-Unis et de renforcer les capacités de leur industrie de défense.
À l’instar d’autres documents stratégiques majeurs publiés par l’administration Trump depuis l’année dernière, la Stratégie de défense nationale 2026 indique que les alliés européens ne peuvent plus compter sur les États-Unis pour dissuader la Russie ou toute autre menace. Il souligne que l’administration actuelle considère l’engagement américain envers ses alliés et la défense des intérêts américains comme deux objectifs distincts, insistant sur le fait que l’armée se concentrera sur ces derniers. Selon de nombreux experts, ce ton marque une rupture nette avec des décennies d’engagement de Washington envers l’OTAN et ses alliés pour la défense de la démocratie dans le monde ; de fait, le mot « démocratie » n’apparaît même pas une seule fois dans le document.
Le message est clair.
Le ministère donnera plutôt la priorité « aux menaces les plus critiques, les plus lourdes de conséquences et les plus dangereuses pour les intérêts américains.» Il ajoute : « Ce faisant, nous rétablirons la paix par la force, non seulement pendant la durée de l’administration Trump, mais pour les décennies à venir, comme le mérite le peuple américain.»
Il poursuit en indiquant que Washington concentrera ses efforts « sur l’hémisphère occidental, notamment sur la construction du système de défense antimissile connu sous le nom de Dôme d’or, et sur la garantie d’un accès militaire et commercial aux zones stratégiques, de l’Arctique à l’Amérique du Sud, en particulier le Groenland ».
Sans citer son boss Trump il souligne : « nous veillerons à ce que la doctrine Monroe soit respectée.»
Malgré les rencontres entre responsables européens et américains, dont Trump, concernant les droits de douane qu’il a imposés aux pays européens et son insistance à maintenir le contrôle du Groenland – même à Davos –, la nouvelle stratégie met l’accent sur la garantie d’un « accès pour l’armée et le commerce américains à des zones stratégiques, notamment le canal de Panama, le golfe d’Amérique (nom donné par l’administration Trump au golfe du Mexique) et le Groenland ».
Le document affirme que « le président Trump disposera d’options militaires crédibles pour lutter contre les terroristes narcotrafiquants où qu’ils se trouvent », laissant même entendre que si les voisins de Washington, du Canada à l’Amérique centrale et du Sud, ne parviennent pas à « défendre nos intérêts communs », « nous serons prêts à prendre des mesures ciblées et décisives qui fassent progresser concrètement les intérêts américains, étant donné que tel est le résultat de la doctrine Monroe proposée par Trump, et que l’armée américaine est prête à la mettre en œuvre rapidement, avec force et précision, comme le monde a pu le constater lors de l’opération Inherent Resolve », en référence à l’opération militaire américaine menée dans le cadre de la coalition internationale en Irak et en Syrie, et « Absolute Resolve » (en français : Détermination absolue ) l’opération visant à capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro.
La Chine
La nouvelle stratégie place l’endiguement de Pékin parmi les objectifs prioritaires de l’administration actuelle, elle décrit la Chine comme une « puissance stabilisatrice dans la région indo-pacifique » qu’il convient simplement de « dissuader et d’empêcher, avec d’autres, de dominer les États-Unis ou leurs alliés ».
Le document précise que l’objectif n’est pas de contrôler, d’« étrangler ou d’humilier » la République populaire de Chine, et que les relations avec elle n’impliqueront ni « changement de régime ni autre conflit existentiel ». Le document ajoute que « Trump aspire à une paix stable, à un commerce équitable et à des relations respectueuses avec la Chine », selon des conditions favorables aux États-Unis, mais que Pékin peut également « accepter ».
La Russie
Il convient de noter que le nouveau document présente la Russie comme une potentielle « menace nucléaire » pour les États-Unis, indiquant qu’elle restera également une « menace continue, mais gérable, pour les alliés à l’Est de l’OTAN, et cela dans un avenir prévisible ».
Le document reconnaît que « malgré les nombreux défis démographiques et économiques auxquels la Russie est confrontée, sa guerre en Ukraine démontre qu’elle dispose encore d’importantes ressources militaires et industrielles, ainsi que de la détermination nationale nécessaire pour soutenir un conflit prolongé dans son voisinage immédiat ».
Il conclut que « si la menace militaire russe se concentre principalement sur l’Europe de l’Est, la Russie possède également le plus grand arsenal nucléaire au monde, qu’elle continue de moderniser et de diversifier, ainsi que des capacités navales, spatiales et cybernétiques qu’elle pourrait utiliser contre notre territoire ».
Le Moyen-Orient
Décrivant Israël comme un « allié modèle », la nouvelle stratégie affirme que « nous avons désormais l’opportunité de renforcer ses capacités de défense et de promouvoir nos intérêts communs, en nous appuyant sur les efforts historiques du président Trump pour garantir la paix au Moyen-Orient ».
De même, les partenaires américains du Golfe sont désormais plus disposés et capables de faire davantage pour se défendre contre l’Iran et ses mandataires, notamment « par l’acquisition et le déploiement de divers systèmes militaires américains. »
Bien que le document met également l’accent sur les « succès » d’Israël et des États-Unis dans l’« affaiblissement de l’axe de Téhéran», il reconnaît que « malgré les revers importants subis par l’Iran ces derniers mois, le pays semble déterminé à reconstituer ses forces militaires conventionnelles ». D’après le document « les dirigeants iraniens n’ont pas exclu la possibilité de tenter à nouveau d’acquérir l’arme nucléaire, notamment en refusant d’engager des négociations constructives ».
De plus, malgré la forte détérioration des forces alliées de l’Iran, « ces dernières pourraient également chercher à reconstruire leurs infrastructures et leurs capacités de destruction. » Le document ajoute que les États-Unis ne peuvent ignorer le fait que « le régime iranien a du sang américain sur les mains, que l’Iran reste déterminé à détruire notre proche allié, Israël, et que lui et ses mandataires provoquent régulièrement des crises régionales qui non seulement menacent la vie des Américains dans la région, mais l’empêchent également de poursuivre l’avenir pacifique et prospère si clairement souhaité par nombre de ses dirigeants et de son peuple. »
Sur le plan intérieur, la section consacrée à la « défense du territoire » souligne, outre l’affirmation du contrôle de l’« hémisphère occidental », la nécessité de défendre l’espace aérien américain, notamment grâce au « Dôme d’or », de moderniser et d’adapter la force nucléaire des États-Unis, de se prémunir contre les cyberattaques et de lutter contre les « terroristes islamistes » qui projettent de frapper le « territoire national », selon le document.

