Visite du Président Libanais et la poignée de main

Bassam Tayara
« Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es » 99 % des Libanais et presque autant d’autres citoyens du monde, ont sans doute déjà prononcé ce proverbe, que ce soit à leur enfant rebelle, à un partenaire commercial voyou ou à un homme politique réprimandant un allié proche qui a commencé à dériver vers le camp opposé.
Des observateurs, dont certains souhaitent sincèrement la fin du conflit israélo-libanais, s’accordent à dire que l’invitation du président américain au président libanais Joseph Aoun à la Maison Blanche est un piège médiatique. Elle pourrait rappeler celle vécue par le président ukrainien Zelenski dans le Bureau ovale.
Le monde entier suivra en direct, une éventuelle visite de Aoun à une différence cruciale : la présence de Benjamin Netanyahخu, qui recevra de Joseph Aoun un certificat de bonne conduite en seing blanc effaçant tous les actes commis par son armée au Sud-Liban (3583 victimes -dont 323 enfants et plus que 11000 blessés )… et en Palestine (o a arrêté le comptage!
N’oublions pas, en effet, qu’Aoun rencontrera un criminel de guerre recherché par la Cour pénale internationale.
Il convient de rappeler que les dirigeants des pays entretenant des « relations amicales » avec Israël évitent toute rencontre avec lui, ils défendent l’État hébreu sur la scène internationale mais refusent de serrer la main de son Premier ministre.
Le Premier ministre Nawaf Salam le dissuadera-t-il Aoun de rencontrer ce criminel de guerre ? Jusqu’à présent, Salam n’a fait aucune déclaration concernant le « principe de la visite et de la poignée de main ».
Les Libanais étaient optimistes quant à l’arrivée du « juge » Nawaf Salam au poste de Premier ministre.
Un enfant du pays a vécu et travaillé avec la Cour internationale de Justice et connaît les subtilités des agissements criminels d’Israël… en effet, il a présidé cette institution de justice internationale et traité de nombreux dossiers relatifs à la région entourant le Liban.
La Cour s’est penchée sur la situation des Palestiniens, et la décision rendue le 19 juillet 2024 stipule que « l’occupation par Israël de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est, ainsi que ses colonies, viole le droit international ».
La Cour internationale de Justice, à l’époque, présidée par le juge Salam, est le principal organe judiciaire des Nations Unies.
L’Afrique du Sud a également déposé une plainte contre l’État d’Israël le 29 décembre 2023, demandant à la Cour d’émettre une mesure conservatoire pour protéger le peuple palestinien. La Cour a affirmé que « certains actes et omissions commis par Israël relèvent du champ d’application de la Convention sur le génocide ».
Toutes ces décisions concernant Israël sont passées entre les mains du juge Nawaf Salam, devenu membre de la Cour le 6 février 2018, élu président le 6 février 2024 et démissionnaire le 22 octobre 2025.
Alors, que dit le juge Salam de la rencontre avec Netanyahu à la Maison Blanche ?
Aucune déclaration n’a été faite par le président du conseil des ministres, ni par le gouvernement dans son ensemble !
Si tous ceux qui s’invectivent sur les réseaux sociaux (pour ou contre la visite… pour ou contre une poignée de main avec le criminel) semblent l’oublier, toute décision concernant la signature d’un accord de paix, d’un cessez-le-feu, ou même d’une trêve, devra être signée par le président Joseph Aoun -tenir la plume, oui… mais sur la base d’une décision du Conseil des ministres prise à la majorité des deux tiers… comme le stipule l’Accord de Taëf.
Disons que la visite et la présence dans le Bureau ovale, avec ou sans affront de la part de Trump, sans une décision du Conseil des ministres, aucune signature n’aura de valeur … s’il n’y a pas une décision au Conseil des ministres sans le tiers de blocage, qui, selon toutes les fuites provenant de proches et des visiteurs du soir, ne se limitera pas aux seuls ministres chiites… Plusieurs noms ont circulé dans les salons de Beyrouth… ainsi que dans ceux des aéroports européens.

