Les États-Unis et la Chine : vers une guerre inévitable ?
Les détroits : Ormuz, Bab al-Mandab.. Malacca

Bassam Tayara
La Chine est un immense pays, et la compétition géopolitique avec les États-Unis s’est intensifiée ces dernières années, les tensions ne cessant de croître.
Il s’agit d’une lutte pour la suprématie. Graham Allison, dans son ouvrage de référence *Toward War*, cite *Le Piège* de Thucydide[1] pour affirmer qu’un conflit entre ces deux géants est inévitable.[2]
La vision stratégique à long terme des États-Unis n’a pas changé depuis l’inflexion du président Obama en 2011, qui visait à redéployer la majeure partie des forces américaines d’Europe vers le théâtre d’opérations du Pacifique, qui s’est ensuite étendu à l’Inde, donnant naissance à la région indo-pacifique.
La confrontation majeure – politique, économique et potentiellement militaire – avec la montée en puissance de la Chine demeure la principale préoccupation des diplomates et des responsables militaires américains.
Alors que l’attention internationale reste focalisée sur le détroit d’Ormuz, symbole classique des tensions énergétiques, un autre point de passage stratégique, plus discret mais d’une importance capitale, se situe au cœur de la compétition entre grandes puissances : le détroit de Malacca. En renforçant ses liens militaires avec l’Indonésie, Donald Trump semble déplacer le centre de gravité stratégique vers ce carrefour crucial pour le commerce mondial et l’approvisionnement énergétique de la Chine.
Ce faisant, Trump emboîte le pas au stratège naval américain Alfred Thayer Mahan, qui évoquait déjà le « dilemme de Malacca » en 2003. L’intérêt que porte Trump au détroit de Malacca s’inscrit dans une stratégie délibérée visant à intervenir là où la Chine est la plus vulnérable, plus encore que dans le détroit d’Ormuz.
Les États-Unis ne cachent pas leur volonté de contrôler les matières premières essentielles au développement de l’industrie chinoise et, en cas de conflit, nécessaires aux développement de ses forces armées : le pétrole. L’attaque contre le Venezuela a de facto interrompu les livraisons de pétrole de ce pays vers la Chine.
L’Iran est le deuxième fournisseur de pétrole de la Chine. La fermeture du détroit d’Ormuz a déstabilisé les États du Golfe et leurs clients dont la Chine dépendants du pétrole sans perturber significativement le marché américain, devenu indépendant avec ses propres ressources en hydrocarbures et de celles captées au Venezuela.
À l’inverse, la Chine a perdu une seconde source de pétrole essentielle. La géopolitique prend inévitablement en compte tous ces indicateurs économiques et la croissance chinoise devra en pâtir. Tout au long de son histoire, la Chine n’a pas cherché à étendre son influence dans les océans ; elle a toujours été une puissance continentale tournée vers le cœur de l’Asie… l’Empire du milieu!
Cependant, avec sa transformation en grande puissance exportatrice, ses approvisionnements en pétrole et en gaz proviennent désormais du golfe Persique. Des facteurs géographiques font que tous ses intérêts sont concentrés de l’autre côté du sous-continent indien. L’accès aux marchés et aux ressources énergétiques oblige la flotte marchande chinoise à emprunter le détroit de Malacca.
C’est un atout majeur que Trump a récemment utilisé avec ses accords avec l’Indonésie … membre de son « Conseil de la Paix ».
Par conséquent, la Chine est contrainte de se tourner vers l’océan Pacifique pour atteindre ses marchés, notamment en Europe puis en Afrique, et surtout pour assurer un approvisionnement continu en pétrole.
La Chine avait anticipé cette situation délicate dans le détroit de Malacca en se tournant vers les mers et océans du Sud pour sécuriser ses exportations et ses importations d’énergie. C’est pourquoi elle revendique la majeure partie de la mer de Chine méridionale. (On dit Mer de Chine qui n’est en réalité qu’une appellation géographique !)
Les revendications maritimes de la Chine s’étendent des îles Senkaku, disputées avec le Japon, à l’archipel des Spratleys, incluant les îles Paracels. Un simple coup d’œil sur une carte révèle que la Chine est entourée de nombreux archipels elle est coincée: pour accéder à l’océan et à la haute mer, et pour réaliser ses ambitions maritimes croissantes, elle doit traverser la région d’Okinawa. C’est là que surgissent les tensions avec le Japon.
Le premier obstacle est constitué par les îles Senkaku pour les Japonais (les îles Diaoyu pour les Chinois). Pour accéder à la haute mer, Pékin doit se conformer au « droit de passage inoffensif » puisque ces îles sont sous souveraineté japonaise, car tous les passages se situent à moins de 200 milles nautiques. L’accès à la haute mer passe par ces eaux.
Il y a ensuite la question de Taïwan : la Chine ne considère pas Taïwan (Formose) comme un État indépendant. Pour la Chine, Taïwan est une province chinoise qui doit être restituée à l’autorité du gouvernement de Pékin. Mais abstraction faite des considérations nationalistes et des revendications territoriales, le contrôle de la grande île de Taïwan ouvrirait la voie à la marine chinoise vers l’océan Pacifique, et surtout, ferait du détroit de Taïwan un « canal chinois » contrôlant le trafic maritime entre le Japon et l’Asie du Sud-Est, et constituerait un atout majeur en cas de conflit sur les divers détroits.

