Liban-Israël: Négociations déséquilibrées

Les profils des deux négociateurs suffisent à réfuter l'adage selon lequel « un argument convaincant peut faire basculer la situation lors des négociations ».

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 À remarquer les négociateurs israéliens et américains ont des dossiers … pas l’Ambassadrice libanaise

Bassam Tayara

Il est notoire que la défaite est le pire point de départ possible pour toute négociation avec l’ennemi. Le Liban est vaincu depuis 1948, et pourtant il a toujours refusé de négocier. Israël a eu recours à une tactique employée par les mafias et les gangs : un grand coup porté à la tête de l’ennemi le rend fou, le forçant à venir à la table des négociations la tête baissée. C’est ce qui s’est produit lors de l’attaque brutale du « Mercredi noir » et des 380 victimes libanaises au cœur de Beyrouth.

Cependant, cet attentat a galvanisé ceux qui appellent à la « paix » au sein de la société libanaise. Il a également renforcé la position de l’ennemi israélien. Le Liban s’est présenté aux négociations avec son ambassadeur à Washington autorisé à opérer sous le parapluie du Département d’État américain.

En réalité, le gouvernement libanais n’a fait que renforcer les cartes de l’ennemi avant de commencer les négociations étant donné que l’ambassadrice libanaise, Mme Nada Hamadeh Mouawad, n’a aucune formation en diplomatie ni en sciences politiques. Elle est l’épouse du Dr Gérard Mouawad de Zgharta fief des Forces libanaises. Avant sa nomination en juillet 2025, elle travaillait pour la société médicale qu’elle a fondée avec son mari à Washington quelques années auparavant.

Soyons clairs : ses intentions sont peut-être bonnes, mais ses compétences et sa compréhension de la négociation sont rudimentaires.

Qui sera l’interlocuteur se son Excellence l’Ambassadrice à la table des négociations ?

Déjà avant le début des négociations, elle a été mise sous pression de la part de l’État hébreu avant même le début des pourparlers, sous la forme d’une proposition émanant directement de Tel-Aviv qui en déterminait … l’issue.

Cette proposition prévoyait la division du Sud-Liban en deux zones : la première, une zone de 8 kilomètres sans bâtiments tous démolis ni habitants tous chassés, et serait contrôlée par l’armée israélienne et constituerait une « zone de sécurité ». La seconde zone, s’étendant jusqu’au fleuve Litani, serait désignée comme « zone opérationnelle » pour l’armée israélienne dans sa traque du Hezbollah. Enfin, il y a la demande d’une troisième zone (tout le territoire libanais) où l’armée libanaise serait tenue de poursuivre le Hezbollah et de solliciter l’aide de l’armée ennemie si nécessaire… bref une mise sous tutelle du Liban sous forme de mandat.

Qui est venu « porteur » cette proposition ?

C’est l’ambassadeur d’Israël à Washington, Yehiel Leiter, venu informer, non négocier. Leiter possède un parcours politique riche et une vaste expérience. Il a occupé de nombreux postes au sein du gouvernement israélien, notamment aux ministères des Finances et de l’Éducation, et a été conseiller politique d’Ariel Sharon. Historien et philosophe de formation, il a étudié le droit et les sciences politiques, travaillé comme analyste des politiques publiques et chercheur à l’Institut Herzl à Jérusalem-Est occupée. Il est l’auteur de trois ouvrages et a publié de nombreux articles sur la politique du Moyen-Orient.

Par ailleurs, il est politiquement et idéologiquement engagé dans le projet dit « sioniste » pour le grand Israël : il est également rabbin, militant pro-colonisation et membre du Forum Kohelet, un think tank de droite. Il a aussi servi comme infirmier dans l’armée israélienne et a participé à la guerre du Liban en 1982. Son fils, le réserviste Moshe Leiter, a été tué en 2023 dans le nord de Gaza pendant la guerre de Gaza.

Les profils des deux négociateurs suffisent à réfuter l’adage selon lequel « un argument convaincant peut faire basculer la situation lors des négociations ».

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