Un nouvelle structure de sécurité régionale avec l’Iran et les pays du Golfe

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Bassam Tayara

Alors qu’un mémorandum d’entente entre l’Iran et les États-Unis est sur le point d’être finalisé, le président Trump a indiqué dans une publication avoir discuté avec les dirigeants de tous les pays du Moyen-Orient impliqués dans la crise avant de parvenir à un accord, puis il a dit avoir appelé de nouveau Netanyahu le premier ministre de l’État hébreu.

Les observateurs estiment que tous ces dirigeants ont désormais besoin, pour des raisons différentes, d’éclaircissements concernant les négociations qui se déroulent « sans les consulter », et Netanyahu a peut-être besoin de quoi justifier le renoncement à la poursuite de la guerre.

Mais en réalité, Trump a parlé en leur nom, et surtout en celui de Netanyahu, déclarant, « qu’il le veuillent ou non, il fera ce qu’il lui dirai de faire » ! Mais il précise alors qu’il était sur le point de signer non pas un accord, mais un mémorandum d’entente.

Selon Trump tous ses interlocuteurs lui ont signifié considérer ce mémorandum, sans en connaître les détails (!) bien loin des objectifs de guerre déclarés, comme un point positif pour l’Iran, indépendamment de ses termes précis. Mais d’un revers de main le président américain assure que ce mémorandum inclut des engagements iraniens généraux sur la question nucléaire qui pourraient être reportés dans un avenir proche.

Pour ces « partenaires », cela signifie que les États-Unis ont renoncé à exiger un accord final avant la fin de la guerre. Cela signifie également que l’Iran sera en position de force durant les négociations de 30 à 60 jours. Même en cas d’échec des négociations, cette position dominante persistera, même sans signature de mémorandum d’entente.

Cette situation a alimenté les discussions sur une nouvelle réalité régionale, différente de celle qui caractérisait le Golfe depuis la révolution islamique en Iran. Les questions qui taraudent les partenaires de Trump sont nombreuses et toutes tournent autour de «l’Iran voisin ». Surtout que si des progrès sont réalisés en vue d’un accord final dans les 60 jours, l’Iran serait semble-t-il libéré du poids des sanctions et de l’embargo.

Depuis 1979, l’Iran a été le théâtre d’une série d’« événements historiques », à commencer par la guerre Iran-Irak (1980-1988), en passant par une vague d’assassinats visant ses experts et ingénieurs, les cyberattaques échangées avec Israël, et jusqu’au récent conflit israélo-américain. Ces affrontements visaient le régime de Téhéran et sa capacité à projeter sa puissance au-delà des frontières, dans le monde islamique.  mais si le régime ne tombe pas… ?

S’il est difficile de prédire la configuration de l’ordre régional après l’accord, et le rôle que les pays concernés y joueront, il est certain que cet ordre reflétera le rapport de forces en vigueur au moment de la signature du mémorandum d’entente.

En substance, cela traduit l’échec des États-Unis et d’Israël à atteindre par la force leurs objectifs de guerre déclarés. Certains de ces objectifs concernent en premier lieu Israël, et si un accord est conclu, comme le suggèrent certaines fuites, Tel-Aviv sera le principal perdant.

Parallèlement, Washington pourrait, éventuellement, tirer des bénéfices économiques des projets qui seront lancés après la guerre, notamment dans le secteur énergétique iranien. Téhéran, dans tout accord qui aurait pu être conclu avant la campagne militaire menée contre elle, n’avait pas objecté à ce que les États-Unis soient partenaires dans les investissements dans ce secteur.

Cependant, la perte d’Israël ne réside pas dans le sens qu’elle tente de présenter – à savoir une menace existentielle – mais plutôt dans la fin de ses ambitions de dominer le Moyen-Orient et d’établir un système de sécurité sous son contrôle, comme l’a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant un écran vert à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Mais les observateurs qui s’efforcent parfois de dépeindre la « nouvelle ère dans la région » comme une ère de domination iranienne sur le Golfe sont très éloignées des réalités géopolitiques de la région.

Les dirigeants des principaux États producteurs de pétrole du Golfe, qui ont souffert de la guerre, envisagent désormais une forme de coopération avec l’Iran qui, malgré toutes les déclarations, est sorti du conflit moins puissant qu’il n’y paraissait au début. Le blocus naval ayant rétabli l’équilibre entre Téhéran et Washington.

C’est cette perspective qui explique les prémices d’une alliance entre l’Arabie saoudite, la Turquie, le Pakistan et l’Égypte – des puissances sunnites susceptibles de former un front solide qui pourra ouvrir la voie à un rapprochement avec l’État chiite qui a su résister à la guerre. Il ne faut pas oublier que le Pakistan, puissance nucléaire, compte une minorité chiite estimée à environ 40 millions de personnes, ce qui explique son rôle dans les négociations. Cette nouvelle structure de sécurité régionale.avec l’Iran, libéré des sanctions et des conflits, sera le pendant à une hégémonie israélienne.

Des tentatives israéliennes de saboter tout accord devront être prises en compte. De même il semble que les Émirats arabes unis ont revu leur position afin d’effacer le souvenir de leur rôle négatif et de retrouver leur place dans la sphère d’influence saoudienne.  Ils mettront probablement de côté leurs liens étroits avec Israël au nom d’un réalisme géopolitique pour éviter que le souvenir de leurs actions et leur alliance n’entravent leur retour au premier plan des affaires du Golfe..

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