Taïwan – Chine: Trump brouille les cartes
La rencontre Trump-Xi venait à peine de se terminer que Taïwan était déjà saisi par la crainte d'être objet d'instrumentalisation.
Correspondance – Presse-Net
La rencontre Trump-Xi venait à peine de se terminer que Taïwan était déjà saisi par la crainte d’être objet d’instrumentalisation.
Tout revient à la façon avec laquelle le président Trump gère ses annonces sur son réseau social. Voilà qu’il écrit dès son retour de Chine: « les ventes d’armes à Taïwan peuvent servir de monnaie d’échange ». Le terme / monnaie d’échange / a immédiatement suscité un scepticisme et des doutes à l’égard des États-Unis, et un changement des principes qui jusqu’alors formaient la base du soutien américain à l’île : « l’ambiguïté stratégique » .
Mais l’ambassadeur américain en Chine, Mike Pound, lors d’une interview sur CNBC a publiquement exposé les intentions de Trump face à Xi Jinping : « Les États-Unis ne modifieront pas leur politique envers Taïwan. La loi sur les relations avec Taïwan reste en vigueur. Nous ne soutenons pas l’indépendance de Taïwan, mais nous n’accepterons aucune coercition.» Cette déclaration a transformé la précédente « ambiguïté stratégique » en un message clair : « N’essayez même pas de toucher à Taïwan.»
Pékin a immédiatement réagi. Le 20 mai, le ministère chinois du Commerce a soudainement démenti l’annonce très médiatisée par la Maison-Blanche d’un « accord d’achat de produits agricoles de 17 milliards de dollars ». Quelques jours auparavant, les contrats à terme sur les produits agricoles américains avaient flambé, mais les autorités ont opéré un revirement de situation, passant sous silence la question des 17 milliards de dollars.
Le marché s’est effondré.
Pour se rattraper, le 21 mai, une information a fuité : les États-Unis avaient suspendu une vente d’armes de 14 milliards de dollars à Taïwan. Cependant, le ministère taïwanais de la Défense nationale a immédiatement démenti que Taïwan n’avait « jamais reçu » de notification de suspension et que Taïwan et les États-Unis travaillaient de concert pour que la vente se poursuive comme prévu.
L’affaire a instantanément dégénéré en une guerre psychologique entre les États-Unis, la Chine et Taïwan. D’un côté, Pékin a renié sa promesse d’achat pour 17 milliards de dollars. De l’autre, Trump a annoncé qu’il s’entretiendrait directement avec Lai Ching-te le président taïwanais.
Cette annonce représente un changement important: car depuis 1979, les plus hauts dirigeants des États-Unis et de Taïwan ne se sont entretenus publiquement et directement qu’une seule fois. La dernière fois, c’était lorsque Tsai Ing-wen a félicité Trump pour son élection.
Cette fois-ci, cependant, il ne s’agissait plus d’un simple appel de courtoisie. Elle peut paraître comme une négociation sur le fond: Ventes d’armes, semi-conducteurs, budgets de la défense, coopération stratégique.
Trump invite Taïwan à la « table des négociations entres égaux ».
C’est ce que Pékin craint le plus. Car ce qui inquiète véritablement le PCC, ce ne sont jamais les exercices militaires, mais que Taïwan commence à être traité comme une véritable entité politique.

