Quelle est la probabilité que l’Iran possède déjà une bombe nucléaire ?
Quel besoin d’une demi-tonne d’uranium enrichi à 60 %, si ce n’est pas pour concevoir une arme ?

Bassam Tayara
C’est une vieille connaissance, à la retraite, mais continue de « conseiller » (qui? Je garde tout ça pour moi! ). Spécialiste de ce qu’il appelle « le nuc », il a fréquenté tous les services qui traquent la prolifération… nucléaire.
Je tente ma chance avant le dessert. Mon interlocuteur n’est pas naïf, et s’il parle c’est qu’il a envie de parler.
J’y vais:
– Quelle est la probabilité que l’Iran possède déjà une bombe nucléaire ?
Il répond avec une question: « quel besoin d’une demi-tonne d’uranium enrichi à 60 %, si ce n’est pas pour concevoir une arme ?».
Après une hésitation il précise « ou d’exploiter des réacteurs nucléaires navals, ce que l’Iran ne fait pas! »
– Donc le gouvernement iranien … ment …et c’est ce qui fait trépigner Nétanyahou ?
« Peut-être … mais on sait aujourd’hui, que l’Iran maîtrise la technologie et dispose des matériaux nécessaires pour fabriquer quelques bombes …15, voire 20 nucléaires. » Et de continuer « l’habileté des dirigeants iraniens c’est de ne pas proclamer le désir de devenir une puissance nucléaire, et cela en se drapant de la «fatwa religieuse» qui interdit la possession de l’arme nucléaire. D’ailleurs une telle annonce risquerait de déclencher une avalanche de missiles tactiques américains et israéliens sur les montagnes où on soupçonne que les enrichis sont cachés»..
– Mais avec quelques ogives que peut faire Téhéran? Serait-elle à l’abri selon le modèle Nord Coréen?
« Avec quelques ogives elle ne pourra pas créer une dissuasion, elle ne ferait qu’accroître son exposition et les risques encourus, tout en lui attirant la condamnation d’une grande partie de la communauté internationale».
Mais l’Iran dispose-t-il de la technologie et des matériaux nécessaires pour fabriquer une arme nucléaire ?
« Oui, c’est le cas ».
Essayons de voir si le spécialiste a raison en nous basant sur les sources ouvertes:
1. Production de matières fissiles donc enrichissement: L’Iran a une maîtrise totale, et possède un stock estimé à 440 kg enrichi à 60 %, et cela à la date de juin 2025. Peut-être plus mais il suffirait de quelques semaines pour porter ce taux de 60 % à 90 %.
2. La conversion du gaz en métal pour stabiliser le coeur de l’ogive. Dans le passé pas lointain, l’Iran a déjà travaillé sur la métallurgie, la coulée et l’usinage de l’uranium. En 2021, il a produit du métal enrichi à 20 % sous le régime des garanties.
Il est établi que la conversion à 90 % en métal usiné peut être réalisée à l’échelle d’un laboratoire en quelques semaines, même en tenant compte des dommages subis sur le site d’Ispahan par les attaques israélo-américaines. Donc l’Iran dispose déjà du processus nécessaire.
Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a été informé que d’autres sites pourraient faire l’objet de visites dans l’éventualité d’un accord sur les inspections. Ce sont les sites non déclarés qui pourraient avoir préservé cette capacité et ce savoir faire.
3. Le système d’implosion: Les archives nucléaires révèlent qu’en 2002, le projet de générateur d’ondes de choc (système d’amorçage multipoints) était achevé à 66 %, avec une finalisation prévue pour juillet 2003. Des essais d’implosion hémisphérique à grande échelle ont été menés (notamment à Marivan). Des rapports de 2024 font état d’une reprise des activités sur les sites de Sanjarian et Golab Dareh, impliquant des essais d’explosifs et des systèmes d’amorçage multipoints.
4. Les Initiateurs de neutrons et l’électronique de mise à feu sont cités dans les « archives nucléaires » et documentent la production et les essais sur le site de Lavisan-Shian ; ces dispositifs étaient intégrés à des systèmes d’implosion à échelle réduite et soumis à des essais impliquant des explosifs.
5. La miniaturisation et l’intégration complète de la tête nucléaire est la grande inconnue du projet de militarisations du projet. L’intégration d’une tête nucléaire destiné au missile Shahab-3 est probablement à la portée de Téhéran. D’ailleurs certains composants, tels que le système d’implosion , sont à un stade de développement avancé, mais l’intégration finale dans un ensemble miniaturisé fiable, donc capable de supporter le vol ainsi que la rentrée atmosphérique, demeure, l’étape la plus obscure.
Jusqu’en 2025, les évaluations des services de renseignement américains considéraient que l’Iran ne maîtrisait pas encore pleinement l’ensemble des technologies nécessaires à la réalisation d’une arme opérationnelle, donc susceptible d’être testée et déployée.
6. L’aspect politique se pose de savoir s’il est légitime pour l’Iran, tout comme pour Israël, de détenir l’arme nucléaire ce qui créera un équilibre et une dissuasion qui fera éviter à la région de nouvelles guerre.

