« Vous nous avez anéantis… Que Dieu vous maudisse !»

Liban en faillite : Le règne de la faim, l’étendu de la pauvreté et de la mendicité

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Jana Nasrallah*

« Vous nous avez anéantis… Que Dieu vous maudisse !».

À l’époque où j’étais dans le journalisme, le mois de décembre était consacré à l’inventaire des événements de l’année.

Je ne sais pas pourquoi j’étais si excité par ce genre d’activités, sachant que j’ai toujours eu peur du temps qui court de plus en plus vite.

Le seul numéro que je conservais dans mes archives était ce numéro annuel. Sans calculer les années qui passent tout était pour moi un passé proche.

Je peux déduire que j’aime l’inventaire des événements annuels pour une raison qui me reste incompréhensible !

C’est peut-être un amour sans raison…

Après m’être libéré du … journaliste, j’ai raté plein de plaisir dont cet inventaire.

Mais une question me turlupine, au Liban qu’en est-il de l’inventaire des événements de cette année ? Les sujets méritent-ils d’être classés en catégories et en diverses sections telles la politique, l’économie ou bien sociétale, etc..? Ou bien on peut se passer de tous les détails et attribuer un seul titre: L’effondrement total.

On a pillé le pays !

Les décisions assassines du Gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, complice et associé à la classe politique dirigeante et toutes les banques, ne sont plus des « nouvelles ». Peut-être la reprise de ces décisions peut constituer la base d’un recueil dont le titre le plus signifiant serait « Comment piller un pays en dix jours » !

Cet inventaire relèverait le règne de la faim, l’étendu de la pauvreté et de la mendicité et surtout les multiples scènes de suicide qui se répètent chaque jour.

Que pourrions-nous rapporter devant l’histoire du jeune homme qui s’est suicidé à Tyr, ou bien du sexagénaire qui gara sa voiture au milieu de la route, prétendant qu’elle était en panne d’essence car il avait honte de mendier une miche de pain pour sa famille. L’expression de son visage émacié montrait une grande timidité et confusion mais trahissait sa honte et son embarras.

Nous trouverions le jeune homme pleurant devant la femme qui lui offrit plus d’argent qu’il ne s’y attendait pour acheter des médicaments à sa mère, et le militaire qui répondit à l’employée de la banque, qui lui signala un découvert de trois cent mille Livres libanaises, qu’il n’a besoin que de cinquante mille livres[1] pour rejoindre a caserne.

Dans les villages et villes du Liban, des familles dorment dans la rue car elles ne peuvent plus payer de loyer … le salaire du père s’étant réduit au prix d’une pizza de thym !

Et dirions-nous de ce citoyen qui mit un pistolet sur la tempe d’un autre citoyen devant la porte d’un supermarché, demandant la modique somme de 250 000 livres (10 $) : il n’a pas volé sa voiture, il n’a pas demandé tout son porte-feuille, mais il a voulu le juste montant nourrir sa famille ou peut-être acheter des médicaments.

Les histoires d’humiliation ne s’arrêtent pas au pays des Cèdres, et si chacun de nous voulait écrire ce qu’il rencontre les journaux du monde entier ne lui suffiraient peut-être pas.

Les Libanais dormaient et vivaient assurés de leur avenir et de celui de leurs enfants, et voilà le réveil fut cauchemardesque. Ils découvrirent qu’ils sont passés par-dessus le bord de la tranquillité,  Tout ce qu’ils avaient s’était évaporé.

Tout fut remplacé par les calomnies, les mensonges et l’hypocrisie des politiciens, ils ont subi la plus abominable fraude de l’histoire !

Plus rien n’est positif ! L’affluence dans certains restaurants, cafés et discothèques ne témoigne plus de la santé d’un Liban valide capable à surmonter les difficultés, c’est un indicateur faux sur lequel les plus optimistes ne peuvent plus batir des rêves.

Vous amis du phénix, sachez que l’autruche a sorti sa tête du sable, et le phénix s’est coupé les ailes pour qu’il ne vole plus sur les ruines du pays pour éviter de se poser sur un poteau.

PS : Les Libanais s’excusent de ne pas vouloir accepter les voeux des Fêtes, et vous prient de ne répétez cette cantine ennuyeuse :« J’espère que l’année prochaine sera meilleure ».

*Jana Nasrallah: Intellectuelle libanaise vivant au Liban

[1] 50.000 LL = 2 $

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