Léon XIV face à l’extrême droite
Léon XIV dans une France qui s'apprête à des élections cruciales
Bassam TAYARA
Jusqu’à récemment, les relations entre le Vatican et les mouvements d’extrême droite en France (et en Italie) étaient marquées par une tension constante et des positions divergentes, reflétant des points de vue différents sur les questions d’immigration, de souveraineté et de valeurs humaines.
Aujourd’hui, la situation a évolué, lentement mais visiblement, qu’il faudrait constater lors de la visite du pape Léon XIV en France, « fille de l’église » de l’Église.
Les raisons de ce changement sont nombreuses et variées, notamment les questions sociales et structurelles soulevées par le pape.
En France la laïcité instaurée par la Révolution française, qui, quoi qu’on en dise, a profondément marqué l’inconscient collectif français y compris la droite.
L’importance de cette visite réside dans son timing, puisqu’elle coïncide avec les prochaines élections présidentielles, pour lesquelles les sondages indiquent que les candidats les plus susceptibles de l’emporter appartiennent soit à l’extrême droite, soit à l’extrême gauche.
Dès lors, quelle sera la position de l’Église ?
Il convient de rappeler qu’au début de la Révolution française, l’Église catholique fut anéantie, ses trésors et ses terres confisqués, de même que les fortunes de la noblesse, dont l’alliance avec le clergé lui assurait une obéissance absolue de la part du peuple.
L’instruction obligatoire et le système scolaire public eurent un impact sur la société française, engendrant des générations qui, jusqu’au début des années 1980, prirent leurs distances avec l’Église, et le nombre de fidèles diminua considérablement.
L’arrivée au pouvoir de la gauche, représentée par François Mitterrand, coïncida avec la diffusion du mouvement « latiniste » – prônant la prêche en latin – et marqua le début d’un retour à la pratique chrétienne pour une partie de la population française.
Ce retour coïncida avec le début des vagues d’immigration et de réfugiés, ce qui encouragea encore davantage certains Français à fréquenter les églises. Il coïncida également avec les débats sur le financement des associations islamiques par les pétrodollars à travers le monde.
C’est au sein de la droite républicaine française que s’est amorcé le glissement vers l’extrême droite, sous l’impulsion de Jean-Marie Le Pen (père de l’actuelle dirigeante du Front national, Marine Le Pen). L’extrémisme et le racisme de Jean-Marie Le Pen – pour lesquels il a été condamné à plusieurs reprises – ont contribué à l’émergence de deux blocs de droite : la droite républicaine-gaulliste, incarnée par Jacques Chirac, et une extrême droite dont l’influence a commencé à croître dans la société française – et en Europe en général- quai va se radicaliser avec le temps.
La divergence avec le « monde catholique » s’est limitée aux critiques formulées à l’encontre du chef de la papauté, le pape François (2013-2025), pour ses positions économiques et sociales progressistes.
Le pape François a fait l’objet de vives critiques de la part des dirigeants de droite et d’extrême droite en France, comme Marine Le Pen, et à l’étranger (comme Donald Trump et Javier Milla en Argentine), qui l’ont ouvertement accusé d’être « communiste» ou « d’extrême gauche ».
Ces accusations, il convient de le préciser, sont avant tout politiques. La réponse du pape François et ses sermons ont toujours été centrés sur les principes du christianisme : « Le souci des pauvres et des marginalisés et la justice sociale sont au cœur des enseignements de l’Évangile et de l’essence même du christianisme, et non une invention marxiste ou de gauche », une affirmation également présente dans certains sermons du pape Léon XIV.
Cependant, les dirigeants d’extrême droite en Europe (comme la figure de proue de l’extrême droite française, Marine Le Pen) ont constamment attaqué l’ingérence papale dans les affaires politiques et les élections, exhortant le pape à se concentrer sur les questions religieuses au sein des Églises plutôt que de publier des déclarations.
Par conséquent, les déclarations régulières du Vatican mettant l’accent sur la protection des migrants sans papiers et le soutien aux initiatives visant à régulariser leur statut pour des raisons humanitaires, exprimant ainsi sa solidarité avec les points de transit européens tels que les îles Canaries et l’Ile Lampedusa en Italie.
Et la gauche ? Quelle est sa position vis-à-vis du pape ?
Historiquement, la gauche radicale a adopté des positions laïques extrêmes et s’est opposée aux institutions religieuses, les considérant comme des instruments de pouvoir. Cependant, la relation entre la pensée de gauche et la papauté catholique, en particulier sous le pontificat de François, est complexe et étroitement liée.
Malgré des divergences doctrinales profondes et historiques, nombre de positions du pape rejoignent les aspirations de la gauche internationale sur les questions de justice économique. Le pape François (un Latino-Américain originaire d’Argentine) est souvent décrit, dans les cercles politiques sur certains sujets, comme un « leader de la gauche internationale », compte tenu de son engagement pour la justice économique et la lutte contre le capitalisme débridé.
Le pape a critiqué à maintes reprises les systèmes économiques fondés sur l’avidité et la monopolisation des grandes entreprises. Il a appelé à une redistribution équitable des richesses et à la défense des droits des pauvres et des personnes marginalisées.
Le pape Léon XIV, à l’instar de son prédécesseur, a défendu les migrants et les réfugiés depuis son pontificat, appelant à l’ouverture des frontières et à leur accueil – une position en parfaite adéquation avec le discours des partis de gauche en Europe et en Amérique, face à la montée de l’extrême droite.
Également, contrairement à la droite, qui « ne croit pas au changement climatique », le pape a adopté une défense inébranlable de la planète, ce qui fait de lui un allié naturel des mouvements écologistes et de gauche.
Cependant, cela n’exclut pas l’existence de divergences doctrinales et de lignes rouges difficiles à franchir, illustrant un profond clivage idéologique entre la papauté et l’extrême gauche, notamment le communisme, le marxisme athée et la gauche radicale.
Ces désaccords portent sur des questions morales et sociales. Parmi les points de divergence les plus marquants figurent les positions sur l’avortement et l’euthanasie.
L’Église rejette catégoriquement l’avortement et considère la vie comme sacrée dès la conception, ce qui la rapproche de l’extrême droite. Tandis que la gauche radicale considère l’avortement comme un droit fondamental des femmes.
La question de l’identité de genre et du mariage est un autre sujet de discorde. La papauté plaide pour un traitement humain et la prévention des discriminations envers les minorités sexuelles (LGBTQ+)… mais, en raison de la doctrine catholique traditionnelle sur le concept de famille, l’Église refuse de reconnaître le mariage entre personnes de même sexe et la chirurgie de changement de genre sexuelle.
La visite du pape Léon XIV en France, en pleine préparation d’une élection présidentielle cruciale qui déterminera l’avenir de la « fille de l’Église », soulève des questions quant à l’influence du catholicisme sur le scrutin et son issue, notamment face à la montée des mouvements d’extrême droite en Europe et dans le monde.
Comme mentionné précédemment, la relation entre l’extrême droite et le catholicisme est caractérisée par de profondes divergences idéologiques. Nombre de mouvements d’extrême droite en Europe et dans le monde occidental adhèrent à une orientation religieuse chrétienne conservatrice et invoquent les symboles traditionnels et les traditions catholiques comme éléments constitutifs de leur identité nationale et culturelle.
Il s’agit notamment de défendre l’identité européenne traditionnelle et de la rattacher à l’héritage chrétien et aux traditions catholiques face à la mondialisation et à la sécularisation excessive. Toutefois, ces dernières années, une évolution des comportements électoraux s’est dessinée.
Des études indiquent que les électeurs catholiques, traditionnellement acquis à la droite modérée, se tournent désormais vers des options plus radicales en raison de ces enjeux liés à l’immigration, à l’identité et aux mouvements sociaux. Cela n’implique cependant aucun rapprochement politique avec la gauche française, malgré l’adhésion de cette dernière à la gauche internationale et à certaines idées du Sud politique.
Les observateurs s’accordent à dire que le pape Léon XIII est encore au début de son pontificat et, étant citoyen américain et très éloigné des positions extrêmes de Trump, son règne va être marqué par une sorte de « révolution intellectuelle » sur les questions humanitaires qu’il considère comme essentielles à la foi chrétienne, telles que la question palestinienne, le sort des Ouïghours et les conflits au Congo et au Soudan.

