Le ruissellement promis par Macron n’a pas fonctionné
Les « inflexions » que Macron a fait subir à la société française, elle sont de deux natures: Réformes sociales, Réformes fiscales.
Bassam Tayara
La France connaît, depuis presque un mois, une vague de contestations commencée avec les étudiants des lycées pour gagner les universités, avant d’attirer les syndicats et de façon indirecte «les gilets jaunes». Cette vague a débordé de la capitale Paris, et touché de nombreuses villes du pays.
Les annonces de ce mouvement « circulaient » depuis la fin des vacances, mais le fond du mécontentement grondait depuis fort longtemps et colorait la fin du mandant surtout depuis la fâcheuse dissolution de l’Assemblée nationale, qui a fait perdre au Président tout contrôle sur le processus législatif surtout le budget de l’État qui a été la cause de chute de quatre Premiers ministre en moins d’un ans.
Mettons en ordre les cause de cette « révolution » qui déstabilise la société française. Si l’ordre est chronologique on pourrait revenir à presque trois décennies, avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy. Mais si on donne l’oreille aux slogans et cris de la jeunesse c’est le double quinquennats Emmanuel Macron qui porte une grande responsabilité de ce que vit la France actuellement.
Les accusations dirigées vers le Président ont leur origine dans les promesses non-tenues du jeune Président: la jeunesse et leurs parents y ont cru fortement la déception leur ouvrit graduellement les bras.
Mais voyons les « inflexions » que Macron a fait subir à la société française, elle sont de deux natures:
– Réformes sociales
– Réformes fiscales
Les principales décisions économiques prises par Emmanuel Macron dès son élection en mai 2017, avec Édouard Philippe comme chef du gouvernement furent au profit des entreprises.
En résumé la réforme du Code du travail fut instaurée par par ordonnances elle consiste par: la primauté donnée à l’accord d’entreprise sur l’accord de branche (y compris sur les salaires) ; le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif ; la fusion des instances représentatives du personnel ; et la création des accords de performance collective qui permet d’aménager la durée du travail.
Puis le macronisme s’est retourné vers la fiscalité:
Suppression de l’ISF (remplacé par l’IFI sur le seul patrimoine immobilier) ; Instauration du prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les revenus du capital ; Baisse des cotisations patronales et de la taxe d’habitation.
En résumé : les ordonnances du début de son mandat, suivies de la fiscalité du capital et de la baisse des prélèvements obligatoires sur les entreprises et les ménages actifs, passèrent dans le sillage de vague de l’arrivée d’un jeune Président.
Malgré les critiques, « président des riches », l’adage macronien en vogue était le principe du «ruissellement»: Le ruissellement (en anglais trickle-down economics) est une théorie économique selon laquelle les politiques bénéficiant aux plus riches ou aux entreprises finissent par profiter à l’ensemble de la société, y compris aux plus modestes — la richesse « ruisselant » de haut en bas.
Mais rien n’a suivi: Ni les incitations à l’investissement, ni les baisses des impôts sur les hauts revenus sur le capital et les sociétés, ni la dérégulation du monde de travail (ubérisation de plusieurs pan de l’activité).
Car les revenus libérés ont été souvent orientés vers l’épargne financière ou les dividendes boursières plutôt que vers l’investissement productif. Ils ont favorisé la capture du pouvoir politique et économique par les plus fortunés.
Les étudiants réclament 10 milliards : ils ont formulé dix exigences urgentes, la rénovation des établissements scolaires, le recrutement de personnel supplémentaire, l’élargissement de l’accès à l’enseignement supérieur, l’amélioration des services au sein des écoles et universités.
Le gouvernement annonce haut et fort que le budget de l’enseignement supérieur est passé de 13,3 milliards à 15,5 milliards d’euros entre 2017 et 2026 (+ 17 %). C’est vrai, sauf que l’inflation a été de 22 % sur la même période, donc le budget a en réalité baissé de 5 % en termes réels. Et si on considère que le nombre d’étudiants est passé de 2,6 millions à plus de 3 millions, soit une hausse de 15 %. Conclusion : le budget par étudiant a chuté d’environ 20 % depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée.
Depuis dix ans des centaines de milliers de jeunes ont travaillé dur pour obtenir leur baccalauréat, mais rien n’a été prévu pour les accueillir dans le supérieur, c’est un gâchis humain et économique, et témoigne d’une idéologie profondément inégalitaire et hiérarchique du macronisme.
Mais justifier ce recule par l’insuffisance des moyens en pointant le déficit budgétaire et la dette de la France est archi faux.
La dette publique est certes passée de 20 % du PIB en 1970 à 120 % aujourd’hui. Mais dans le même temps, les patrimoines privés ont augmenté beaucoup plus fortement : ils sont passés de 300 % à 600 % du PIB, avec une concentration extrême au sein des plus grandes fortunes financières ceux que Macron a gâté dès son arrivée.
Le patrimoine national de la France – somme du patrimoine privé et public, après déduction des dettes privées et publiques – n’a jamais été aussi élevé, non seulement en montant absolu, mais aussi en pourcentage du PIB (qui lui-même n’a jamais été aussi élevé), la France n’a jamais été aussi riche.
Le problème que nous avons à régler est uniquement une question de répartition.
La prospérité d’une nations d’après la théorie du marcronisme dépend d’une ultraminorité de premiers de cordée : les autres sont priés d’attendre… le ruissellement !

