La France lance des enquêtes contre “la haine en ligne”

Poursuites des dizaines d'individus qui ont exprimé leur soutien à l'assassin de Samuel Paty

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PARIS (Reuters) – Des opérations de police sont en cours contre des dizaines d’individus qui ont exprimé leur soutien à l’assassin de Samuel Paty, le professeur décapité vendredi près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, au nord-ouest de Paris, et une cinquantaine d’associations sont dans le collimateur de l’Etat, a annoncé lundi le ministre de l’Intérieur.

Gérald Darmanin a souhaité la dissolution de plusieurs d’entre elles, citant le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et l’organisation Barakacity.

L’enseignant tué, loué pour son engagement et sa bienveillance par ses élèves, avait montré des dessins de Mahomet lors d’un cours d’éducation morale et civique, un fait à l’origine d’une campagne de haine sur les réseaux sociaux.

“Depuis l’assassinat de ce professeur, plus de 80 enquêtes pour la haine en ligne de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont expliqué que ce professeur l’avait bien cherché, ont été ouvertes”, a-t-il déclaré sur Europe 1, au lendemain d’un conseil de défense présidé par Emmanuel Macron.

“La peur va changer de camp”, a déclaré lors de cette réunion le chef de l’Etat, selon des propos rapportés par son entourage et cités par Le Monde. “Les islamistes ne doivent pas pouvoir dormir tranquilles dans notre pays.”

“Des interpellations ont déjà eu lieu depuis hier”, a déclaré Gérald Darmanin lundi. “Depuis ce matin, des opérations de police ont lieu et auront lieu dans les jours qui viennent. Je ne peux pas en dire beaucoup plus, mais elles concernent des dizaines d’individus, pas forcément en lien avec l’enquête” sur le meurtre de Samuel Paty, a-t-il poursuivi.

Ces opérations visent, selon une source sécuritaire interrogée par Reuters, certains groupes soupçonnés d’incitation à la haine ainsi que des ressortissants étrangers en France connus pour leur extrémisme.

Le gouvernement compte ordonner l’expulsion de 231 personnes fichées pour radicalisation, a-t-on appris dimanche de source policière, dont 180 sont actuellement en prison.

“IL FAUT MUSCLER L’ETAT DE DROIT”

“Nous avons décidé aussi qu’une cinquantaine de structures associatives – 51 exactement – verront toute la semaine un certain nombre de visites des services de l’Etat et plusieurs d’entre elles, à ma proposition (…), se verront dissoudre en conseil des ministres”, a ajouté Gérald Darmanin sur Europe 1.

Prié de dire s’il souhaitait la dissolution du CCIF, Gérald Darmanin a répondu par l’affirmative : “Je le souhaite parce que voilà une association qui a été manifestement impliquée, puisque le père qui a mis en ligne une vidéo (ciblant le professeur) fait référence à cette association (…), parce que nous avons un certain nombre d’éléments qui nous permettent de penser qu’effectivement c’est un(e) ennemi(e) de la République.”

L’assassin présumé de Samuel Paty est un réfugié russe d’origine tchétchène âgé de 18 ans. Il a été tué peu de temps après l’agression par des policiers.

Onze personnes ont été placées en garde à vue. Parmi elles figurent des membres de sa famille et de son entourage, mais aussi le père de l’élève évoqué par Gérald Darmanin, qui a accusé sur les réseaux sociaux Samuel Paty d’avoir “insulté” l’islam et son prophète, ainsi que le militant islamiste franco-marocain Abdelhakim Sefrioui.

Pour le ministre de l’Intérieur, le père d’élève et Sefrioui ont “manifestement lancé une fatwa” contre l’enseignant.

Agé de 61 ans, très actif sur les réseaux sociaux, Sefrioui est membre fondateur du “collectif Cheikh Yassine”, du nom d’un des fondateurs du Hamas palestinien. Il est surveillé depuis une quinzaine d’années par les services de renseignement, précise-t-on de sources sécuritaires.

Les autorités ont déjà tenté en vain de le priver de sa nationalité française, qu’il a obtenue par mariage.

L’assassinat de Samuel Paty a suscité une très forte émotion en France, où de vastes rassemblements ont été organisés dimanche pour honorer sa mémoire et défendre la liberté d’expression.

Dans une déclaration à la presse lundi, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a dénoncé “un acte de guerre” et réclamé la création d’une commission d’enquête.

Sur Europe 1, Gérald Darmanin a défendu la réponse du gouvernement. “Jamais un gouvernement n’avait mobilisé autant de moyens pour lutter contre cet islamisme rampant, celui des réseaux sociaux”, a-t-il assuré.

Il faut “muscler” mais “respecter l’Etat de droit”, a ajouté le ministre de l’Intérieur, selon qui les démocraties auront raison de l’islamisme radical “comme elles ont eu raison de Hitler ou Staline”.

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