Poutine : Maître du Caucase

Après près de six semaines de guerre, un accord de cessez-le-feu a été conclu dans le Caucase la nuit du 9 novembre.

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Samih Saab*

Le maitre d’œuvre de cette mise aux pas des deux belligérants Azerbaïdjanais et Arménien, fut le président russe Vladimir Poutine. De manière très décisive et autoritaire.

Poutine a tracé des lignes rouges pour tout le monde, y compris le soi-disant « partenaire » turc. Le pragmatique russe a bien découpé les contours de cet accord : l’Azerbaïdjan ne peut pas obtenir une victoire complète, et l’Arménie ne peut être totalement vaincue.

Des équilibres sont désormais établis dans ce Caucase, arrière-cour de la nouvelle Russie de Poutine, avec le retour de la région du Haut-Karabakh à la Russie, qui échappa à son contrôle en 1988, avec la désintégration de l’Union soviétique.

Ilham Aliyev a satisfait sa fierté nationale et celle de son peuple en récupérant une partie du territoire.

Alors que la résilience de l’Arménie s’érodait, la poursuite de la guerre aurait ouvert la porte à une intervention occidentale au nom de la protection des Arméniens, ce que la Russie ne veut pas.

De son côté, Recep Tayyip Erdogan a pu se vanter de la transformation de la Turquie en puissance régionale dont l’influence s’étend du Caucase à la Libye, à l’Irak et à la Syrie, tandis que ses navires marquent les frontières dans l’Est de la Méditerranée et la mer Égée.

Aliyev semblait s’être préparé à la guerre, avec l’aide d’Erdogan, qui lui a fourni l’équipement nécessaire. La Russie a été surprise par cette guerre, surprise par la présence des mercenaires syriens et les drônes turques et israéliens qui s’attaquaient places fortes du Haut-Karabakh et dessinaient de nouveaux lignes politiques dans le Caucase.

La Russie s’attendait à des troubles avec la Géorgie, elle a donc été surprise par l’Azerbaïdjan. Et d’un point de vue politico-militaire, Moscou ne peut pas supporter une épine dans son flanc sud, alors que l’OTAN l’encercle depuis la Pologne et les pays baltes.

Malgré l’implication de la Turquie dans l’élaboration de ce plan de cessez-le-feu, Poutine n’a pas donné trop à Erdogan, même si ce dernier cherche à paraître victorieux, mais il a été contraint de ravaler sa fierté car l’accord de cessez-le-feu ne porte pas la signature turque.

Ici, ce n’est pas la Syrie. Bien que les responsables turcs mettent en avant leur participation aux forces de maintien de la paix qui superviseront le cessez-le-feu, le Kremlin a tenu à préciser à plusieurs reprises que seules les forces russes seront chargées de stationner au Karabakh.

Moscou par un accord séparé avec la Turquie établira un point de contrôle commun sur les terres azerbaïdjanaises, pas au Karabakh. Le Kremlin a donc voulu couper la route vers la Turquie.

Poutine a utilisé Erdogan en lui permettant d’apposer sa signature à côté de la sienne et celle d’Aliyev et du Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, afin de faire partie du processus de paix.

Mais cette région reste l’arrière-cour de Moscou, même si président turc considère que le soutien qu’il a apporté à l’Azerbaïdjan a été le facteur décisif pour établir un nouvel équilibre et permettre à Bakou de récupérer une partie importante de son territoire.

Jusqu’à présent, Moscou a réussi à empêcher le feu du Caucase de s’étendre et de se transformer en une guerre plus large qui le placerait devant des options beaucoup plus difficiles. Mais la défaite pour l’Arménie aurait été bien plus lourde s’il avait accepté qu’Erdogan adhère à l’accord de cessez-le-feu, car c’est une question symbolique aucun dirigeant arménien ne peut avaler cette concession et l’amertume serait plus que celle d’une perte d’une parcelle du territoire objet de cette dispute. La Russie reste consciente de la sensibilité historique des relations entre l’Arménie et la Turquie.

*Collabioration avec https://180post.com

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