Que fera Trump? Que fera l’Iran?
Des experts américains prévoient les conséquences d'une guerre contre l'Iran
Correspondance – New York
Les États-Unis sont une fois de plus au bord de la guerre avec l’Iran, le président Donald Trump intensifiant la pression sur Téhéran pour qu’il abandonne son programme nucléaire. Pour ce faire, il déploie une force militaire massive, composée d’avions et de navires de guerre, au Moyen-Orient, une force que la région n’a pas connue depuis la guerre d’Irak.
Politico a interrogé sept experts américains concernant les récentes initiatives de Trump et les gains et risques potentiels d’une éventuelle action militaire contre l’Iran. Ils s’accordent à dire que le président Trump pourrait être sur le point d’entreprendre des manœuvres imprévisibles et potentiellement plus dangereuses que les précédentes.
Voici un résumé des principales prédictions de ces experts, qui allient expérience diplomatique, formation universitaire et expertise en matière de sécurité et de renseignement.
Ryan Crocker : Cette fois, il n’y a pas de retour en arrière possible.
Ryan Crocker, ancien ambassadeur des États-Unis en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, en Syrie, au Koweït et au Liban, estime que l’Iran ne se conformera pas aux exigences de Washington : arrêt de l’enrichissement d’uranium, limitation de son programme de missiles balistiques et cessation du soutien à ses alliés dans la région. Selon lui, se conformer à ces conditions signifierait la fin de la République islamique. Crocker, actuellement expert en affaires diplomatiques et de sécurité à la RAND Corporation, estime que le président Trump ne reculera pas et que, faute d’accord avec l’Iran, il lancera une action militaire, peut-être initialement limitée, pour contraindre l’Iran à accepter un accord.
Si cette tentative échoue, ajoute Crocker, Trump étendra le champ des opérations pour cibler les capacités balistiques iraniennes, dans le but d’affaiblir le régime, y compris ses dirigeants religieux et militaires. En cas d’effondrement du régime, Crocker prévoit que des officiers militaires non identifiés prendront le pouvoir et que des violences internes généralisées s’ensuivront.
Jonathan Panikoff : Absence de stratégie claire
Jonathan Panikoff, chercheur principal à l’Atlantic Council et ancien directeur adjoint du renseignement national pour les affaires du Proche-Orient, affirme que le président Trump agit sans objectifs clairs ni stratégie définie. Il souligne que toute action militaire comporte des risques importants et n’aboutira pas à la capture du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Panikov a ajouté que si le régime iranien se sentait menacé, sa riposte pourrait être de grande ampleur, allant jusqu’à lancer des missiles balistiques sur Israël ou sur des bases et du personnel américains dans la région, et pouvant potentiellement inclure des attaques terroristes et des cyberattaques à l’échelle mondiale.
Panikov a souligné que le président Trump se trouve dans une position délicate après avoir promis son aide aux manifestants iraniens sans la concrétiser, ce qui ne fera que renforcer le régime iranien et le rendre plus sceptique face aux futures menaces de Trump.
Dennis Ross : La politique du bord du gouffre
L’ancien envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient, Dennis Ross, a qualifié l’escalade actuelle dans la région de paradoxale, soulignant qu’aucun des deux camps ne souhaite une guerre plus étendue.
Ross a expliqué que le président Trump ne souhaite pas une guerre difficile à arrêter et susceptible d’entraîner une forte hausse des prix du pétrole, tandis que le régime iranien est parfaitement conscient de sa vulnérabilité, tant en matière de défense aérienne que de contrôle de la population, en cas d’escalade.
Par conséquent, Ross estime qu’aucun des deux camps ne souhaite une guerre plus étendue et une escalade qui pourrait devenir incontrôlable. Chacun craint que l’autre ne franchisse ses lignes rouges et, de ce fait, ils jouent en réalité à un jeu dangereux.
Ray Takeyh : Une spirale de représailles
Ray Takeyh, chercheur principal au Council on Foreign Relations à Washington, estime que si les États-Unis bombardent l’Iran, le régime iranien pourrait riposter, causant potentiellement la mort de soldats américains, ce qui entraînerait de nouvelles frappes aériennes américaines. Takeyh a ajouté que la situation pourrait dégénérer en un cycle de représailles, car une éventuelle opération militaire manque d’objectifs stratégiques cohérents et d’explications claires, notamment en l’absence de contrôle du Congrès.
Arash Azizi : Un accord potentiel
Arash Azizi, journaliste à The Atlantic et auteur de « Ce que veulent les Iraniens : les femmes, la vie, la liberté », estime que ce qu’il qualifie d’arrogance excessive du président Trump concernant une action militaire pourrait s’avérer dangereux, car cela pourrait inciter les Iraniens à étendre le conflit et à déstabiliser davantage la région.
Selon ce scénario, l’Iran pourrait subir de graves conséquences, mais ses dirigeants militaires sont capables de privilégier une approche conflictuelle pour se maintenir au pouvoir. Cependant, Azizi n’exclut pas la possibilité que les dirigeants iraniens préfèrent conclure un nouvel accord avec Washington.
Robin Wright : Une opposition généralisée à la guerre
Robin Wright, analyste de politique étrangère et auteure de plusieurs ouvrages sur le Moyen-Orient, estime que le président Trump ignore l’opposition croissante, tant au niveau national qu’international, à une guerre contre l’Iran, ou qu’il fonde ses hypothèses sur le déroulement des événements sur des suppositions superficielles.
Selon Wright, le président Trump est enclin à un changement de régime en Iran, mais il ne propose aucune vision claire de qui ou de quoi pourrait-il s’agir ensuite. Elle cite les erreurs historiques désastreuses commises par les quatre administrations précédentes en Afghanistan et en Irak.
Ian Bremmer : Déterminé à combattre
Ian Bremmer, président et fondateur d’Eurasia Group, un groupe de réflexion sur la sécurité, observe que le président Trump semble cette fois-ci plus confiant quant au lancement de frappes militaires contre l’Iran. Il cite l’assassinat du général Qassem Soleimani durant son premier mandat, la guerre des douze jours l’année dernière et l’opération militaire au Venezuela le mois dernier.
Bremmer a expliqué qu’une frappe américaine limitée contre l’Iran est l’option la plus probable et présenterait des risques relativement faibles, compte tenu de ce qu’il a décrit comme la maîtrise par Israël de l’initiative dans la région face aux alliés de l’Iran. Selon Bremmer, la menace américaine de cibler les dirigeants iraniens à plus grande échelle serait une tout autre affaire et pourrait entraîner des attaques iraniennes contre des cibles militaires américaines dans la région, ainsi que contre des infrastructures énergétiques vitales, et perturber le détroit d’Ormuz.

