La « remigration » ce nouveau terme de plus en plus fort en Occident
La « remigration »? prévoit le retour des immigrés dans leur pays d’origine

Bassam Tayara
Comment se construit un courant politique dans l’inconscient des masses? Il est possible d’établir un enchaînement logique entre une idée, un concept qui se transforme en idéologie qui avec le temps se répand et devient un courant politique. Ces notions (Idée → Concept → Idéologie → Politique) forme une chaîne du cadre conceptuel d’une pensée qui se répand.
Tous les grands mouvements politiques ou sociaux ont suivi cet enchainement.
La « remigration » ce nouveau terme qui représente un courant de plus en plus fort en Occident a suivi cet enchaînement et prend de plus en plus d’écho dans l’espace politique.
En quoi consiste une politique de « remigration »? Elle prévoit le retour des immigrés dans leur pays d’origine. Ce terme n’est plus un tabou ni en Europe ni aux États-Unis. Donald Trump l’a mis en application dès son arrivée à la Maison Blanche.
Au départ l’idée qui a constitué le germe de ce concept était de nature économique : les immigrés prennent nos jobs. Avec le développement de la société ce concept s’élargit à des arguments sécuritaires, c’est le rejet des sociétés multiculturelles avec des arguments facile à répandre.
Sans revenir à l’Allemagne nazie et les lois fascistes et racistes, la France sous Valérie Grisard d’Estaing avait fait un pas dans cette direction. Pour encourager les immigrés africains à regagner leur pays l’État leur proposait une somme de 10.000 francs (plus ou moins dix fois le smic de l’époque) et un billet sans retour possible.
Cette politique fut un échec et le cinéaste d’origine algérienne feu Mahmoud Zemmour en fit un long métrage « Prend dix mille et casse toi ».
Le Front national de Jean-Marie le Pen en a fait une idéologie, et la base de sa plate-forme politique. Le changement du nom du parti en Rassemblement National, par la fille le Pen, Marine, prétendante à l’Elysée, effaça les écailles sans changer le fond de cette idéologie.
Par contre le fondateur du parti «Reconquête » Eric Zemmour en fit une base de son offre politique et remis au goût du jour le terme « remigration ».
En Allemagne l’extrême droite européenne, AfD, et le Parti de la liberté, FPÖ, premier parti d’Autriche
Sans dire que Zemmour est le « leader » de cette tendance, mais il surfe sur une idéologie raciste qui se nourrit de la théorie conspirationniste du « grand remplacement » qui se diffuse dans toute l’Europe de l’Ouest (et de l’Est mais avec une autre approche).
Il suffit de parcourir les journaux des divers pays de l’Union Européenne, guidé par les réseaux sociaux pour réaliser la floraison de ces partis xénophobes et racistes* (voir en fin de page la liste).
Or l’idéologie « remigration » est le ciment de cette alliance de fait, et cette idéologie se développe et s’approfondit. Mais un pré-requis fut petit à petit infusé dans ces société : mettre fin à la culpabilité vis-à-vis de tout ce qui touche de près ou de loin le passé nazi, un verrou qu’il fallait faire sauter pour faire accepter l’orientation que la « remigration » allait prendre.
Et maintenant se montrer avec des insignes nazis fut toléré en catimini, et quelques « amendes » furent distribuées par-ci par-là, mais c’est caché dans les pages de faits divers qu’on arrive – éventuellement – à en suivre les traces.
Avec l’insécurité dans les rue, qui est un vrai problème de société, le terme « remigration » sortit du coin de la crise économique qui justifiait le rejet de l’immigration, pour se mettre dans l’angle de l’accusation « c’est eux » les immigrés qui créent l’insécurité.
Les actes de terrorisme attribués à un islamisme violent firent fermenter un sentiment d’insécurité mis en évidence par les activistes de l’extrême droite qui l’ont lié à « tous les musulmans ».
Le filet de l’idée de « remigration » s’étendit progressivement passant des étrangers en situation irrégulière, aux étrangers en situation régulière. Pour ces derniers en plus des critères raciaux qui peuvent toucher les premiers arrivés, les critères de la capacité d’assimilation fut étendue à la deuxième et troisième génération, donc suivant des critères « civilisationnels ».
Sont visées en vérité, les populations noires et celles venues du monde islamique qui sont les vrais cibles – mais qui depuis des générations sont devenus citoyens à part entière.
Alors des questions de droit se pose: que faire des concitoyens d’une autre religion?
L’élection de Donald Trump a montré le chemin: il faut tenir le pouvoir, avec une majorité politique dans toutes les instances du gouvernement.
Pour pouvoir expulser des populations tels les clandestins, les étrangers condamnés ou « fichés S » des lois simples existantes suffisent, mais monter un palier soit expulser les étrangers en situation régulière, c’est plus difficile même si comme c’est réclamé par les partis d’extrême droite, ils sont au chômage depuis un certain nombre de mois: il faut trouver de nouvelles lois.
La droite propose également d’expulser des binationaux condamnés pour terrorisme ou fait graves il faudrait encore aller plus loin vers la déchéance de nationalité nécessaire et prélude à une expulsion qui serait une « remigration » extensive piochant dans le passé des citoyen.
Des partis d’extrême droite (comme en Autriche) n’hésite plus à réclamer une « homogénéité du peuple » considérant sa population de souche comme ethnie.
L’application de ces lois n’est pas évidentes, mais surtout très difficile à mettre en place… donc à rationaliser.
Voilà que l’exemple de Trump vient au secours et peut indique le chemin: aux États-Unis nous avons vu que la police des frontières (ICE) s’est mise à la poursuite des immigrés illégaux… et souvent sous de prétextes farfelus des résidents d’origine étrangère en conformité avec les lois. Ces contrôles se passent souvent aux faciès.
Mais également des structures d’État ont été chargées d’analyser les activités des étrangers naturalisés et surtout leurs activités en ligne sur les réseaux. Ils ont été jusqu’à s’immiser dans leurs cercles sociaux, pour « mesurer » le degré d’assimilation et d’intégration.
Les droites européennes ne cachent plus leurs objectifs de faire pareil, même si cela peut apparaitre comme un transfert de population, qui peut s’assimiler à un nettoyage ethnique, même si c’est dans un cadre réglementaire en manipulant les lois. Il va sans dire que dans le cas des droites européennes c’est l’islam et la couleur de la peau qui vont être les marqueurs qui tisseront les bases de ces lois racistes et xénophobes.
Un nettoyage ethnique peut également prendre plusieurs aspects moins visibles, exemple rendre la vie difficile à une frange de la population, ce qui pousserait SES « citoyens » à « immigrer ». C’est ce que vivent les palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. Et de façon moins évident ce que subissent de façon indirecte les « Blancs » d’Afrique du Sud.
En Argentine le harcèlement et les violences dont sont victimes les indigènes les poussent à la fuite vers les régions tropicales où ils trouvent la mort suites aux maladies et les agressions de prospecteurs.
Mais dans d’autres contrées de notre planète commencent à se répandre ce racisme basé sur des marqueurs ethniques.
Les villes de l’Ouest libyen sont depuis deux ans le théâtre de manifestations et de violences visant les migrants sub-sahariens. En cause, la rumeur d’un plan de « réinstallation » des migrants…. donc on les pousse vers une « remigration ».
En Afrique du Sud, face aux violences et de manifestations xénophobes etanti-immigrés, qui touchent les immigrés nigériens le gouvernement nigerian a proposé le rapatriement à ses ressortissants donc une « remigration »… volontaire
Les exemples sont nombreux.
On peut signifier que la crise économique que traverse le monde (notre village) pousse à cette xénophobie. Mais au départ c’est une pensée de la « non fraternité » donc un sentiment anti-globalisation, qui a évolué, il s’est structuré, il s’est glissé dans la pensée des sociétés et des populations puis a influencé les orientations pratiques et institutionnelles des sphère politique, pour arriver à ce qui nous attend… et que l’Europe a « déjà connu » dans les années trente du siècle dernier.
* Partis d’extrême droite en Europe (2026):
France: Rassemblement National (RN), Reconquête et Alsace d’abord (ADA); en Italie: Fratelli d’Italia et la Lega. En Autriche le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), en Suède Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD), Hongrie: Fidesz (Tisza), el République tchèque: ANO 2011 (Andrej Babiš), en Finlande: le Parti des Finlandais (Perussuomalaiset), en Slovaquie: le Parti national slovaque (SNS) et Kotlebovci – le Parti populaire Notre Slovaquie (ĽSNS), en Pologne: Droit et justice (PiS), au Pays-Bas: Parti pour la liberté (PVV, Geert Wilders), en Allemagne: Alternative pour l’Allemagne (AfD), en Belgique: Vlaams Belang (Flandre) et Parti populaire (PP), en Espagne: Vox, et en fin en Grèce: Spartiates (Sparti).

