La faiblesse de l’ONU … ce « machin »

Dans les conflits que connait le monde il y a un absent: C'est l'ONU !!

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jour1actu (le web)

Bassam Tayara

Ce ne sont pas des tensions entre les États-Unis et l’Iran c’est une guerre très intense. Ce qui caractérise cette guerre qu’on désigne par « une guerre du faible au fort », où la technologie et l’utilisation des missiles balistiques est rentrée dans une norme d’acceptation, sans parler des drones qui peuvent être désignés comme « la machine de la décennie ». Mais il y a un absent, que personne ne cherche à savoir où il se cache : C’est l’ONU !!

Pourquoi semble-t-elle impuissante à jouer un rôle efficace dans la gestion de la crise (comme elle l’est également dans la guerre en Ukraine)?.

La guerre au Moyen-Orient a des répercussions sur le monde entier (pétrole, gaz, et fertilisants … sans parler du commerce des produits semi-manufacturés). C’est le rôle de l’ONU d’atténuer les répercussions au Moyen-Orient et au-delà.

La Charte des Nations Unies lui confie la responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationales, la réalité révèle un décalage flagrant entre les textes juridiques et la capacité de l’organisation à influencer les conflits où convergent les intérêts des grandes puissances.

Le grand homme le Général De Gaule avait attribué un sobriquet à cette organisation : « ce machin ». Les événements semblent lui donner raison!

Pour comprendre cette réalité, il est essentiel d’examiner la nature du système international au sein duquel l’ONU opère.

Selon la théorie du « réalisme politique », les États agissent en fonction de leurs intérêts nationaux et du rapport de forces, et non uniquement selon des principes juridiques ou moraux.
Dans cette perspective, l’ONU apparaît davantage comme le reflet du rapport de forces international, que comme une autorité indépendante capable d’imposer sa volonté aux grandes puissances.

Ceci est particulièrement visible au sein du Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent du droit de veto. Dans toute crise affectant les intérêts stratégiques des États-Unis, de la Russie, de la Chine, de la Grande-Bretagne ou de la France, parvenir à une résolution internationale décisive devient extrêmement difficile.
C’est pourquoi les réunions se concluent souvent par des déclarations flottantes, appelant à la retenue, sans mesures concrètes susceptibles d’infléchir le cours des événements.

La nature du conflit irano-américain complexifie davantage la mission de l’ONU. Ce conflit ne prend pas la forme d’une guerre conventionnelle entre deux États, mais repose plutôt sur des sanctions économiques décidées par des États s’appuyant sur des décisions du Conseil de sécurité de l’ONU, une dissuasion militaire hors tout cadre de l’ONU, ce sont des opérations imposées par les USA sans procuration, c’est une compétition pour l’influence régionale.

Ces aspects limitent la marge de manœuvre de l’organisation internationale, car nombre de ces pratiques sortent du cadre traditionnel pour lequel l’ONU a été créée.

D’un autre point de vue, l’approche structuraliste du réalisme, telle que proposée par Kenneth Waltz*, explique cette inadéquation par la nature même du système international, qui repose sur l’absence d’une autorité suprême au-dessus des États.

Les grandes puissances ne délèguent jamais leurs instruments de pouvoir aux institutions internationales lorsqu’elles estiment que leurs intérêts vitaux sont menacés ; elles utilisent plutôt ces institutions conformément à leurs stratégies, ou les contournent purement et simplement lorsque cela s’avère nécessaire.

Le cas le plus saillant c’est la CPI (la Cour Pénale Internationale) où cette juridiction fait face à une pression croissante des Etats-Unis et d’Israël contre ses enquêtes sur les crimes commis dans les territoires palestiniens ou lors de l’invasion de l’Iraq!

Cette réalité de la faiblesse de l’ONU se reflète directement au Moyen-Orient, devenu le théâtre le plus touché par le conflit irano-américain. Chaque escalade entre les deux camps a des répercussions sur la sécurité régionale, les marchés de l’énergie et la stabilité économique, et accroît le risque d’affrontements indirects s’étendant par le biais des alliés des deux parties dans de nombreux pays.

En l’absence d’un rôle efficace de l’ONU, les États de la région se tournent vers la création de leurs propres alliances de sécurité ou l’adoption de politiques d’auto-dissuasion (peut-être nucléaire?) , ce qui accentue la polarisation des alliances et fragilise la sécurité régionale et au-delà sécurité mondiale.

Cela ne signifie pas pour autant que l’ONU est totalement absente. Elle joue toujours un rôle important dans le domaine humanitaire, en parrainant certains processus de dialogue, en fournissant de l’aide et en publiant des rapports relatifs au droit international.

Cependant, son rôle demeure limité lorsqu’il s’agit de prévenir une escalade entre grandes puissances ou d’imposer des accords politiques contraignants.

Le manque d’influence réelle de l’ONU dans le conflit irano-américain et d’autres conflits de façon générale, reflète moins un échec de l’organisation qu’une caractéristique du système international contemporain, où l’équilibre des puissances reste le facteur déterminant dans la gestion des crises.

Tant que la compétition entre les grandes puissances continuera de primer sur la logique de la coopération internationale, la capacité d’intervention des Nations Unies restera tributaire de la volonté de ces puissances, et le Moyen-Orient était et demeurera l’une des régions les plus vulnérables aux répercussions de cette faille structurelle du système international.

* Kenneth Neal Waltz (né le 8 juin 1924 à Ann Arbor, Michigan et mort le 13 mai 2013 à Washington, D.C.) est un politologue américain, enseignant à l’université de Colombia.

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