Donald Trump massacre le dollar américain

Bassam Tayara
Est-ce par ignorance? Ou par vanité? …Ou par calcul? Que Donald Trump massacre le dollar américain?
Personne ne peut répondre!
Plusieurs grand spécialiste et professeur d’économie se sont penchés sur cette question… plutôt sur ce faisceau de questions.
Le dollar est une monnaie mondiale, et n’est plus américaine. Environ 89 % des transactions de change mondiales sont effectuées en dollars. Près de 60 % des réserves de change des banques centrales, de Pékin à Zurich, sont détenues sous forme de dépôts bancaires en dollars et de titres du Trésor américain.
C’est l’unité de compte dans laquelle la plupart des transactions transfrontalières mondiales sont tarifées et réglées. Autrement dit, le dollar est la langue commune des marchés financiers internationaux.
Mais cela n’est plus vrai que pour l’instant. 40 000 milliards de dollars de dette (cliquez ici) devant les créanciers pose une question fondamentale est la suivante : cette situation confortable peut-elle durer ?
Jusqu’à récemment les titres libellés en dollars, ont longtemps étés considérés comme invulnérables aux risques et aux interventions gouvernementales. Les banques centrales et les investisseurs étaient sûrs que ces titres peuvent liquidés à tout moment.
Dès 1976, l’éminent économiste monétaire et professeur au MIT, « Charles Kindleberger », déclarait que le dollar était « fini » en tant que monnaie internationale. Il avait déduit son analyse suite à la décision du président Richard Nixon d’abandonner unilatéralement l’étalon-or en 1971 ce qui sonna finalement le fin du système de Bretton Woods.
Jusqu’à cette date on pouvait échanger les dollars contre de l’or à un prix fixe de 35 dollars l’once. Cela ne s’est pas fait!
Si les observateurs s’inquiétaient ce n’était pas uniquement à cause des taux et de la solvabilité de Fort Knox, mais surtout des pressions des présidents sur la Réserve fédérale qui devenaient possibles.
Car la Réserve fédérale détient la clé de toutes les élections avec sa main mise sur les taux d’intérêt première préoccupation des Américains. Un Taux bas pouvait favoriser une réélection.
Jimmy Carter politicien intègre a nommé à la tête de la Réserve fédérale Paul Volcker, une figure résolument indépendante et farouchement opposée à l’inflation.
Volcker a relevé les taux d’intérêt jusqu’à 20 %, et Carter, par conséquent, a perdu sa réélection!
Des années durant les États-Unis utilisaient leur influence géopolitique et leurs alliances pour inciter d’autres pays à commercer en dollars.
Tout le monde pensait qu’il n’existait aucune alternative au dollar.
Aucune autre monnaie n’était capable de servir d’intermédiaire dans des transactions transfrontalières d’une telle ampleur.
Mais …
Peut-être existe-t-il désormais une alternative.
Après avoir observé les agissements de l’administration Trump, les alliés et partenaires commerciaux des États-Unis ont commencé à exprimer leurs inquiétudes quant à la séparation des pouvoirs, l’état de droit et la corruption croissante aux États-Unis.
Les grandes monnaies internationales et de réserve le dollar compris, mais aussi la livre sterling au XIXe siècle et le florin néerlandais au XVIIIe siècle ont été des monnaies adossées sur une démocratie ou d’une république.
Ces temps-ci le président Trump chercherait à limoger les responsables de la Réserve fédérale qui refusent de se plier à ses exigences, et poursuivre ses adversaires politiques,
Les menaces persistantes de l’administration Trump contre la présidente de la Réserve fédérale, Lisa Cook, conjuguées aux attaques répétées de Trump contre la banque centrale, ont inquiété les investisseurs et les ont amenés à se demander si la Fed conservera l’indépendance nécessaire pour garantir la valeur du dollar.
Sans parler de la remise en cause de tous les accords au niveau international avec une mise en scène dans le bureau ovale.
Donc les créanciers des États-Unis ont en droit de se demander si ce principe d’une monnaie adossée à une démocratie s’applique encore aux États-Unis.
Les alliances américaines sont basées sur deux piliers la puissance militaire et le dollar.
Or actuellement des doutes subsistent quant à l’engagement réel des États-Unis envers leurs alliances internationales, telles que l’OTAN ou le traité de défense mutuelle qui lie les États-Unis et la Corée du Sud et le Japon.
Historiquement, les pays alliés ont détenu, utilisé et soutenu les monnaies de leur « protecteur ». Les alliés sont aussi des clients. L’achat de dette américaine est une façon de témoigner de sa bonne volonté et de sa reconnaissance envers ses partenaires, comme l’avait compris le roi Fayçal en 1974.
Également dans les années soixante, lorsque le lien fixe entre le dollar et l’or a commencé à être fragilisé, ce sont les banques centrales et les gouvernements de l’Allemagne de l’Ouest et du Japon qui ont maintenu et soutenu le dollar, étant donné la présence militaire américaine et la protection nucléaire dont ils bénéficiaient.
Les banques centrales du Japon et de la Corée du Sud détiennent – à ce jour -respectivement environ 1 120 milliards de dollars, et environ 135 milliards de dollars dans leurs réserves. Mais ces montant ne sont pas ce qu’on aurait pu s’attendre compte tenu de l’ampleur de leurs liens commerciaux et financiers avec les États-Unis.
C’est un signal qu’elles reconsidèrent sans aucun doute cette dépendance au dollar.
Il en va de même pour les responsables européens, comme la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, qui a insisté sur la nécessité pour l’Europe de gagner en autonomie financière et monétaire – ce qui signifie concrètement réduire sa dépendance au dollar et aux États-Unis.
Les partisans du dollar persistent à affirmer qu’il n’existe aucune alternative à cette monnaie. Pourtant, l’Europe et la Chine s’activent pour remédier à cette pénurie.
L’Europe poursuit son projet d’Union des marchés de capitaux, qui vise à créer un marché centralisé pour les titres libellés en euros afin de réduire les obstacles et de faciliter la circulation des capitaux.
La Chine développe son système de paiements interbancaires transfrontaliers en renminbi pour concurrencer les grandes banques américaines et le dollar.
Ces acteurs financiers agissent comme s’il n’y avait pas une seconde à perdre. Et, comme le dit dans le York Times « Barry Eichengreen », professeur d’économie et de sciences politiques à l’Université de Californie « au vu des données actuelles, ils ont raison ».

