Malgré l’accord guerre il y aura

La guerre reste une perspective possible malgré le passage de certains navires dans le détroit d'Ormuz

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Bassam Tayara

La guerre reste une perspective possible malgré le passage de certains navires dans le détroit d’Ormuz.

Comme nous le verrons, le mémorandum qui a stipulé les termes d’un accord, comporte de nombreuses failles, chacune susceptible d’enflammer la situation.

Avant d’examiner en détail ce qui a été qualifié d’« un mémorandum d’entente », une facette se dégage de façon évidente, car elle est et sera bénéfique à toutes les parties : la cessation totale des attaques contre la capitale, Beyrouth, quelles que soient les circonstances d’une éventuelle prise des hostilités.

Le président américain Donald Trump souhaite vivement mener à bien les négociations entre le Liban et Israël afin de compenser en partie ce que certains – au Liban- considèrent comme une perte l’inclusion du Liban dans l’accord lors des négociations avec l’Iran. L’armée libanaise se retirera du sud, ainsi que de la banlieue sud de Beyrouth, et étendra son contrôle sécuritaire de la ville vers le nord.
En cas d’escalade de la situation, les frappes israéliennes ne dépasseront pas la ligne reliant Marjayoun à Nabatieh. Cette approche bénéficie d’un soutien silencieux du président de la République libanaise et l’incite à continuer et finaliser les négociations afin de mettre le retrait israélien au crédit des négociation direct avec l’État hébreu. Le président Aoun l’a souligné lorsqu’il a remercié les deux parties (Iran et USA) d’avoir inclus un cessez-le-feu au Liban dans l’accord sans rentrer dans les détails.

Ce « mémorandum d’entente » porte en lui les germes d’une reprise des combats.

Voici le texte du projet d’accord qui a fuité, composé de 14 points. Il provient bien sûr de cercles proches d’d’Iran. En principe il vise à mettre fin au conflit militaire et économique dans la région. Après chaque point, nous soulignerons ses faiblesses (le cas échéant) !
Il paraît facilement que ces points sont présentés de point de vue iranien, ce qui constitue la première faiblesse.

1- Un cessez-le-feu permanent sur tous les fronts. Le mot « permanent » semble sorti tout droit de la bouche de Machiavel.

2- Non-ingérence des États-Unis dans les affaires iraniennes et respect de la souveraineté. Depuis 250 ans, depuis sa création en tant que nation, l’Amérique n’a jamais cessé de s’ingérer dans les affaires des autres pays, surtout après la Seconde Guerre mondiale. Mais considérons, comme Machiavel l’aurait conseillé, la « bonne foi » dans le propos.

3- Levée du blocus naval dans un délai de 30 jours. Pourquoi 30 jours et pas un retrait immédiat des porte-avions et des navires de guerre ? Parce que la confiance fait défaut et que la présence de navires de guerre sert de prétexte au lancement de la première phase de « négociations sérieuses » (60 jours).

4- Retrait des forces américaines des territoires qui encerclent l’Iran. L’expression « encercler l’Iran » contribue également à la dimension machiavélique de l’accord ! Où se situe ces forces autour de l’Iran ? Nous avons déjà dit que le blocus devait être levé. Qu’en est-il sur terre ? Est-ce le retrait des bases américaines des pays du Golfe ? C’est une demande absurde, car aucun président américain ne l’accepterait, quel qu’en soit le coût d’une guerre pour maintenir ces bases.
5- Réouverture du détroit d’Ormuz selon les modalités iraniennes. (L’interprétation iranienne de ces points divulgués devient alors claire… en attendant le texte de l’accord.) Trump et toutes les parties ont insisté sur la nécessité de rétablir le trafic maritime dans le détroit « comme avant » donc sans taxes. Par ailleurs, un refus européen de payer les droits de transit à Hormuz s’est manifesté: L’Italie, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont formé un comité de « défense » pour protéger Ormuz, et bien entendu, le terme « défense » dissimule une dimension militaire.

6- Suspension des sanctions sur le pétrole et les produits pétrochimiques et octroi d’un accès aux ressources financières. Ces mesures pourraient être mises en œuvre progressivement, parallèlement au processus de « négociations sérieuses » (60 jours).

7- Présentation de plans de reconstruction d’une valeur de 300 milliards de dollars. (Qui paiera ? Comment ? Pourquoi ?) Toutefois, il s’agit pour l’instant uniquement de « présenter des plans » donc rien de concret.

8. Soixante jours de négociations en vue d’un accord final sur la question nucléaire et la levée des sanctions. C’est la voie des « négociations sérieuses » (60 jours), et c’est là que réside l’obstacle caché. L’Iran acceptera-t-il l’entrée de techniciens pour superviser le processus de liquéfaction de l’uranium ? Combien, et de quelles nationalités ? De l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), que Téhéran accuse d’espionnage au profit d’Israël, et qui a adopté une résolution condamnant les actions de l’Iran et exigeant l’accès aux « montagnes nucléaires » – une expression utilisée par Trump pour désigner les installations de stockage souterraines dont les points d’accès ont été bloqués par des bombardements.

9. L’engagement de l’Iran de respecter le Traité de la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Depuis l’accord de 2015, l’Iran a respecté le traité. Son retrait de l’accord est la conséquence de l’abandon de celui-ci par Trump. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil.

10. Aucun renfort militaire américain ne sera déployé dans la région, et aucune nouvelle sanction ne sera imposée pendant les négociations. Ceci contredit ouvertement le point 4 ci-dessus !

11. Le déblocage de 24 milliards de dollars d’avoirs gelés, dont la moitié devait l’être avant les négociations durant 60 jours. Ces négociations sont qualifiées de « sérieuses » . Si un accord est trouvé, le déblocage des fonds devrait être progressif et indirect : des fuites portent sur le rôle du Qatar dans l’initiation des paiements échelonnés jusqu’à la conclusion d’un accord définitif.

12. Un mécanisme de suivi de la mise en œuvre. Qui sera chargé du suivi ? Un suivi des mouvements des navires de guerre américains qui se retirent ou la cadence de l’a libération des avoirs gelés ? Que veut dire ce point?

13. La ratification de l’accord par une résolution du Conseil de sécurité. Le Conseil de sécurité a-t-il déjà empêché les États-Unis d’agir à leur guise ? La guerre contre l’Iran a-t-elle été autorisée par le Conseil de sécurité ? Bien entendu, Trump approuve toutes les décisions du Conseil de sécurité ; il peut y oppose son veto ou bien les ignorer.

14. Le déblocage de la moitié des fonds, la suspension des sanctions pétrolières et la levée du blocus naval sont des conditions préalables à l’ouverture des négociations. Cela contredit ouvertement les points 6 et 11 !

On constate ici que chaque clause de cet accord, qui ouvre la voie aux négociations, porte en elle les germes de sa propre destruction (si tant est qu’un accord soit dans les plans des deux partis !).
Le programme des missiles balistiques et le soutien aux factions alliés (Hezbollah et Hamas et les Houthis) ont été exclus de l’accord, pourtant, en Israël, la pression s’accentue sur Benjamin Netanyahu pour qu’il défie l’administration Trump.
Tel-Aviv s’efforce d’entraver l’accord américano-iranien, qu’il considère comme une perte stratégique, dans un contexte de tensions croissantes sur le terrain et de mises en garde quant à ses répercussions sur la position régionale d’Israël.
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, s’est adressé à son Premier ministre en ces termes : « Soyez fort et courageux, ne craignez rien et ne désespérez pas », afin de soutenir la position de Netanyahu face aux pressions de Trump. Avi Ashkenazi, chroniqueur au journal Maariv, qualifie l’accord, dont la signature est prévue dans 60 jours, d’« effondrement politique et d’échec cuisant pour les dirigeants israéliens ».
Selon Israël, ces accords permettraient à Téhéran de conserver son programme nucléaire, son uranium enrichi et son arsenal de missiles balistiques. Ce point pourrait inciter Tel-Aviv à lancer une frappe majeure durant les 30 jours de battements impartis pour l’ouverture des négociations.

Un autre obstacle à tout espoir de fin de guerre réside dans la conviction d’Israël que cet accord (s’il est finalisé) accordera à l’Iran une reconnaissance internationale de son rôle dans le détroit d’Ormuz ce qui bouleversera tous ses plans régionaux et gèlera pour sûr les accord d’Abraham.

Israël continue de bombarder des villages du sud du Liban malgré l’accord annoncé.
Ce qu’Israël pourrait obtenir comme prix pour ne pas provoquer l’Iran et relancer la guerre, c’est la levée de la « protection de la zone libanaise », un prix que Trump pourrait être prêt à payer pour empêcher Israël de frapper l’Iran et de revenir sur les avancées du processus.

Dans ces cas toute intervention israélienne d’envergure se limiterait au sud du pays, et à un échange de tirs de faible intensité avec le Hezbollah, comme si Tel-Aviv affirmait : « J’ai encore mon mot à dire dans cette région ».

La question est de savoir si l’Iran renoncera à ce qu’il aurait pu gagner par cet accord, si les combats au sud du Liban restent de faible intensité, permettant la poursuite des négociations et un retrait suite aux pourparlers de Washington.

Le pire scénario serait un échange de tirs entre Israël et l’Iran, qui serait acceptable sans l’intervention des bases militaires du Golfe pour empêcher les attaques contre les tours et les infrastructures.

Sans faire capoter l’accord : Washington pourrait aider directement Israël sans se retirer d’un « compromis » en facilitant l’entrée de combattants de l’opposition venus de l’ouest du Liban, avec un appui aérien israélien et un ravitaillement en vol américain, sans utiliser ses bases empêchant ainsi les États du Golfe de s’enliser dans le conflit.
Israël pourrait frapper les montagnes abritant les tunnels des stocks d’uranium bouchés par des bombes américaines de grande puissance. Si l’Iran devait répliquer il mènera des frappes contre des bases en Jordanie pas dans le Golfe.
Où est donc ce pacte de fin de guerre … Machiavel sert à pondre des idées ?

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